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Interdit ailleurs, vulgarisé et même fortement recommandé dans certains pays en majorité musulmane, le port du voile symbolise avec force une manière « authentique » d’être musulman, au regard de pratiques libérales venues avec la modernité, mais qui seraient en contradiction avec les valeurs de l’islam.
Au Sénégal, les adeptes du voile se recrutent de fait surtout au sein des «Ibadou Rahmane», une école qui promeut un islam strict dans l’observance pointilleux des principes, doublé d’un certain rigorisme dans la pratique cultuelle, l’établissement de règles morales et la conduite en société.
Toutes choses qui font que les « Ibadou » ont tendance à se considérer comme une élite religieuse, située à l’avant-garde dans la résistance à « l’Occidentoxication ». De fait, ils sont le témoignage parfait de la relativité des valeurs culturelles et religieuses dans un monde qui ne se veut globalisé que parce qu’il vise à unifier tout le monde dans des tendances stéréotypées, des pensées toutes faites, une même idéologie.
Dans un contexte où l’islam se vivait pour ainsi dire différemment essentiellement à partir des enseignements édictés par les confréries, les « Ibadou Rahmane » passent pour être des musulmans à part. Le dossier que propose Kanal démontre tout le contraire, en dressant des profils de femmes et filles voilées certes, mais en immersion dans la société sénégalaise et en parfaite harmonie avec elle.
Le voile, l’équivalent de la barbe chez les « Ibadou », toutes proportions gardées, est le trait commun entre Astou, Mariétou, Aïda ou Fifi. Mariées ou célibataire, le respect strict des quatre prières quotidiennes vient avant toute chose pour les quatre jeunes femmes.
Pour elles, jeûner et faire l’aumône relèvent aussi d’une obligation consubstantielle à la foi, comme attendu de tout musulman. S’y ajoute qu’elles mettent un soin particulier point s’informer de l’évolution quotidienne de la société par le biais des médias. D’où la parfaite connaissance qu’elles ont de leurs droits et devoirs, soubassement de l’engagement citoyen dans la vie de la Cité.
Originaire de Ziguinchor, la capitale sud du pays, Astou est étudiante à la Faculté des sciences et technologies de l`éducation et de la formation (Fastef, ex-Ecole normale supérieure) et demeure encore célibataire.
Teint noir, taille moyenne, elle a commencé à se voiler à partir de 2000. Devenue plus pieuse depuis, elle trouve que sa vie a radicalement changé, de sorte que tout ce qu’elle négligeait auparavant dans la religion lui tient maintenant à cœur. Cerise sur le gâteau, elle se dit davantage motivée dans ses études.
Aspirant à devenir bonne citoyenne sans être active politiquement, Astou dit s’orienter davantage vers le spirituel. Avec satisfaction, elle se réjouit de tout le bonheur que lui procure la maîtrise qu’elle a d’une partie du Saint Coran.
Mariétou, mariée et mère de trois enfants, semble toute orientée vers la gestion de son foyer et récuse la « confusion » qui fait que les gens identifient automatiquement les filles et femmes voilées aux « Ibadou Rahmane» qui aspire à donner de leur vie une dimension métaphysique.
Titulaire du BFEM (Brevet de fin d’études moyennes), cette femme originaire de Thiès s’est voilée en 1992, une étape qui doit selon elle lui permettre de parvenir à une meilleure compréhension de la religion musulmane.
Déjà, elle a acquis l’habitude de lire le Coran chaque vendredi matin, jeûne le lundi et jeudi et cherche autant que possible à se mettre dans la posture du musulman exemplaire. Ne blâme personne sans raison, s’interdit d’offenser son prochain.
Pour dire que Mariétou s’éloigne de tout ce que l’islam interdit, pour ne se conformer à rien d’autre que ce qui est permis par la religion de Mohammed.
Aida explique à qui veut l’écouter que la vie « Ibadou » l’a sauvée de Satan. Mariée sans enfants, elle est originaire de Bignona (sud) et se voile depuis 2000. Non sans fierté, elle rappelle qu’elle a été la première à se voiler dans son quartier et pour cela, a dû longtemps supporter les critiques faciles, préférant positiver en s’investissant notamment dans la vie de son foyer.
Titulaire comme Mariétou du BFEM, Aïda souligne que sa nouvelle vie lui a permis de comprendre les autres et de se faire comprendre, dit-elle. Une bénédiction pour celle qui espère s’améliorer en écoutant les causeries animées par l’islamologue Alioune Sall sur la radio privée Sud FM. Preuve que la vie « Ibadou » n’est pas en contradiction avec le sport, Aïda pratique régulièrement le volley-ball, essentiellement pour son bien être et sa santé.
Licenciée en persan, mariée et mère de deux enfants, Fifi a adopté le voile depuis 2002, pour pratiquer sa religion le plus adéquatement possible et éduquer ses enfants conformément aux valeurs édictées par l’islam.
Comme les autres filles et femmes voilées, la lecture quotidienne du Coran va de soi pour cette originaire de Ziguinchor, autant que l’exigence d’une bonne tenue du foyer. Cela fait qu’elle est prise comme exemple par son entourage.
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