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Césariennes, fistules obstétricales, anémie, infections sexuellement transmissibles (Ist). Telles sont, entre autres, les conséquences sanitaires des mariages précoces qui ont pour corollaire les grossesses précoces. Un fléau qui gangrène la région de Kolda (Sud-est) et d’autres localités du Sénégal comme au Nord et dans le Ferlo. Focus sur ces drames vécus par de petites filles devenues, par la force des choses, des laissées pour compte de la société.
Elles se nomment Diabou, Coumbael, Farou, Ndiémé, Fanta, Astou, Sali,… (Noms d’emprunt). Elles habitent la région de Kolda (Sud-est du Sénégal). Elles sont âgées entre 10 et 15 ans. Sans le vouloir, leur vie a emprunté la même trajectoire. Elles sont, en effet, toutes victimes des mariages et grossesses précoces qui ont fini par devenir un fléau dans le Fouloudou où plus d’une centaine de cas sont enregistrés par an. Sans compter ceux voilés dans le moule de la pudeur caractérisant les sociétés africaines. Les histoires de ces fillettes, données très tôt en mariage, sont racontées par des camarades ou voisins avec qui elles partagent le même quartier, la même école. Ces derniers, élèves en classe de Terminale, terminent leur séance d’exercice physique dans l’enceinte du Centre conseil pour adolescents (Cca) de Kolda. Ils assistent, ensuite, à une session d’animation sur la santé de la reproduction animée par Khalifa Babacar Sy, coordonnateur du Cca. Informés de l’objet de notre visite, dans le cadre d’une caravane de presse sur les mariages précoces, les plus courageux prennent la parole pour témoigner. Bien imprégnés de ces phénomènes devenus ordinaires à Kolda, ils déroulent quelques épisodes du film qui a traumatisé le vécu d’une des leurs. Comme cette fillette de 13 ans, mariée à un émigré beaucoup plus âgé qu’elle. Malheureusement, son mari était porteur du Vih. A 14 ans, la fille est tombée enceinte. C’est au moment de l’accouchement qu’on a découvert sa séropositivité, relate Matar Mansaly.
Tentative d’avortement
Une autre petite fille de 11 ans a subi le même sort, soutient Amina Fily Sonko. Sauf qu’elle a catégoriquement refusé de rejoindre le domicile conjugal. C’est ainsi qu’elle a fugué pour éviter qu’on la force à consommer son mariage avec un mari qu’elle n’aime pas. Il s’en est suivi la réclamation de la dot versée. Pis, la belle-famille voulait porter plainte contre ses parents.
Le troisième cas de mariage précoce concerne une jeune fille de 12 ans devenue deuxième épouse de l’ami de son père. Tombée enceinte juste après, elle a perdu son enfant, témoigne Bineta Sané.
Victime, elle aussi, d’un mariage précoce, la camarade de classe de Ndèye Oumy Bodian a simplement tenté de se faire avorter pour éviter de voir cet enfant, fruit d’une union avec un vieillard, qu’elle ne désire point.
Evelyne Diatta, Tida Margueritte Camara, Dieynaba Mballo ont, quant à elles, évoqué des cas de grossesses concernant des adolescentes. Comme cette fillette de 12 ans engrossée par l’ami de son frère qui lui assurait quotidiennement le petit-déjeuner. Pour Dieynaba, sa copine, traumatisée par son état, a décidé d’aller se faire avorter en Guinée-Bissau. Voilà autant de faits qui renseignent sur la récurrence des mariages et grossesses précoces dans la région de Kolda. Lesquels concernent de petites filles inconscientes et incapables de savoir si elles sont en état de grossesse ou pas, s’indigne Anta Dia Diallo, coordonnatrice de l’antenne Asbef de Kolda. «A 11 ans, 12 ans, elles ne savent pas qu’elles sont enceintes. Quand on les consulte, elles nous disent qu’elles ont reçu 100 ou 200 F Cfa. Des fois, les grossesses sont l’œuvre d’autorités comme les chefs de village, par exemple», soutient Mme Diallo, selon qui «une fille mineure est immature pour concevoir un enfant».
Fistules, césariennes, Ist, prématurité, anémie…
En effet, explique-t-elle, «à cet âge, l’utérus, les organes génitaux externes, les ovules, etc., ne sont pas au bout de leur maturation». Pour cette raison, ces mineures, en phase de maturation physique et psychologique, éprouvent des difficultés à se tenir debout, à monter sur la table de consultation. Pis, au moindre geste, elles peuvent faire une rupture utérine et mourir, regrette la coordonnatrice de l’antenne Asbef de Kolda révélant que 22 cas de grossesses de filles de moins de 25 ans ont été répertoriés dans sa structure, rien qu’au mois de janvier 2011. Sur les complications des grossesses précoces, elle évoque d’emblée les infections sexuellement transmissibles (Ist), d’autant que «ces filles sont mariées, en général, à des hommes beaucoup plus âgés qu’elles», constate Mme Diallo. A terme, les grossesses se soldent souvent par des césariennes, «parce que si on les laisse, elles risquent de perdre leur enfant», indique Anta Dia Diallo, soulignant également les cas de «fistules obstétricales» qui peuvent naître de ces grossesses à risque dont les complications touchent aussi l'enfant. «Le bébé peut naître avec un faible poids. Dans ce cas, on parle d’hypotrophie», affirme-t-elle. Selon la coordonnatrice de l’Asbef de Kolda, la petite fille victime d’une grossesse précoce peut également être sujette à une anémie. Malheureusement, il est difficile d’agir, en cas d’anémie, surtout quand la femme doit bénéficier d’une transfusion sanguine, soutient Khalifa Babacar Sy qui estime que les cas d’anémie sévère se comptent par centaines dans le Fouladou. «On ne sait pas quoi faire en cas d’anémie, parce que nous rencontrons d’énormes problèmes dans la collecte de sang», déplore-t-il, insistant sur le fait que les nombreux cas de grossesses précoces enregistrés à Kolda ont des répercussions sur le fort taux de mortalité maternelle dans cette région. La stérilité est une autre conséquence des grossesses précoces qui touchent les petites filles. Elle peut survenir après une infection contractée suite à un accouchement. «Elles ne savent pas comment préparer un accouchement. Elles viennent avec des pagnes très sales pouvant faciliter les infections. C’est pourquoi, nous leur demandons maintenant d’acheter des tampons pour lutter contre les infections», avance Mme Diallo.
Reine Marie Coly, la coordonnatrice de la Santé de la reproduction de la région de Kolda d’ajouter les accouchements prématurés et les avortements qui surviennent en cas de grossesse précoce. Selon Mme Coly, alors qu’elle était sage-femme, une jeune fille a tenté un avortement qui s’est soldé par la perforation de l’utérus. «Elle ne peut plus avoir d’enfants», déplore-t-elle.
14 Commentaires
Undefined
En Mars, 2011 (16:25 PM)Mik
En Mars, 2011 (16:27 PM)Indigner
En Novembre, 2021 (22:34 PM)Reply_author
En Novembre, 2021 (22:46 PM)Triste Senegal
En Novembre, 2021 (23:03 PM)Reply_author
En Novembre, 2021 (23:06 PM)Un_passant
En Novembre, 2021 (05:39 AM)Reply_author
En Novembre, 2021 (06:10 AM)Reply_author
En Novembre, 2021 (08:40 AM)Boy
En Mars, 2011 (16:29 PM)Suisse Gdf
En Mars, 2011 (16:32 PM)Yarou Pulaarphobes
En Mars, 2011 (16:51 PM)Fa
En Mars, 2011 (16:51 PM)Undefined
En Mars, 2011 (16:54 PM)Nacer
En Mars, 2011 (17:02 PM)Nacer Sohlani
En Mars, 2011 (17:09 PM)Fichou
En Mars, 2011 (17:36 PM)Undefined
En Mars, 2011 (17:57 PM)Undefined
En Mars, 2011 (19:54 PM)Samaxolle
En Mars, 2011 (23:32 PM)Rayban
En Mars, 2011 (20:29 PM)Participer à la Discussion