
La situation en Casamance est très différente de celle du Sud-Soudan, selon Moutapha Guirassy, ministre de la Communication, des Télécommunications et des Tic, Porte-parole du gouvernement. Dans une déclaration, il réagit face à ceux qui proposent un référendum d’autodétermination pour la Casamance, à l'instar du vote récemment organisé au Sud-Soudan. Il rappelle que le gouvernement du Sénégal réaffirme l’intangibilité des frontières qui est un principe irréfragable.
Situons bien les choses et comparons ce qui est comparable. La situation en Casamance n’est en rien comparable à celle du sud-Soudan. Les populations de la Casamance naturelle, c’est-à-dire des régions de Ziguinchor, de Kolda et de Sédhiou, participent régulièrement aux rendez-vous républicains de leur pays : le Sénégal. De façon massive, l’électorat des trois régions de la zone Sud du Sénégal a pris part aux élections présidentielles en 2007 et aux élections locales en 2009.
En répondant à leur devoir civique, les populations de la Casamance démontrent qu’elles s’identifient complètement aux destinées du Sénégal et expriment leur vouloir de vivre en commun avec le reste de la communauté nationale. Ma conviction est cependant sans faille que s’il advenait un référendum d’autodétermination en Casamance, la population casamançaise serait du côté de ce qui est son être, de ce qui est son fondement et son identité, de ce qui est son avenir, c'est-à-dire le Sénégal tel qu’il est aujourd’hui dans ses frontières.
Le Gouvernement du Sénégal encourage tous les membres du Mfdc à agir comme leurs anciens frères d’armes qui sont revenus à la vie civile. Nous espérons que ce moment d’égarement de ceux qui parlent d’autodétermination n’est qu’une manière de dire l’urgence de rejoindre une paix des braves et de se retrouver dans la cohésion nationale, sans perdre la face, après être allés si loin, si longtemps.
L’Etat du Sénégal a offert cette paix des braves aux combattants du Mfdc depuis les Accords de paix de 2004. L’Etat ne varie pas dans cette position qui assure à tous la dignité, le réalisme et l’exercice des libertés démocratiques. Pour ce Sénégal que nous construisons ensemble, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, aucun bras, aucune bonne volonté, aucune intelligence, aucun patriotisme, aucune culture, aucun groupe ethnique n’est de trop.
Le Soudan est différent du Sénégal. Le Soudan n’a pas adopté un contrat social comme celui du Sénégal, autour du triptyque «Laïcité, Démocratie et Liberté d'opinion et de culte». Si cela était, il n’y aurait pas eu de partition de ce pays. Au Soudan, le Nord musulman homogène a été face à un Sud chrétien homogène, dans un affrontement mortifère. Au Sénégal, la mixité sociale et religieuse dans toutes les parties du pays empêche et prévient un manichéisme antagonique de cette nature.
Au Soudan, le Nord a cherché à imposer l'Islam et la Charia au Sud. Cela est impensable au Sénégal. Notre pays est tellement différent du Soudan que nous sommes le seul pays dont la population est composée de 96% de musulmans qui a élu et a été dirigé pendant 20 ans par un président de la République de confession catholique. La qualité de prêtre catholique du chef historique de la rébellion du Mfdc n’a jamais fait qu’un catholique ait été inquiété ou ostracisé au Sénégal. Le Nord Soudan a cherché à arabiser le Sud, alors que le Sénégal promeut la diversité linguistique et ethnique.
Le Sénégal est une démocratie, alors que le pluralisme des expressions politiques a été absent au Soudan durant de longues années. Prendre les armes dans un pays, le Sénégal, où tout un chacun peut créer un parti politique et s'exprimer librement était déjà aberrant, incongru. Aujourd’hui, cela l’est davantage à la lumière des avancées de la liberté d’expression politique au Sénégal. Le choix de la lutte armée par le Mfdc n’est compris ni au Sénégal, ni à l’étranger, alors que la lutte du Spla du Sud-Soudan a bénéficié de larges sympathies. Autant de raisons qui font qu'en 30 ans, le Spla a réussi son combat pour un destin séparé parce qu’égalitaire, alors que le Mfdc ne contrôle politiquement aucune communauté rurale, dans un Sénégal divers, mais unitaire.
La Casamance est un brassage de population entre les ethnies du Sénégal, dans la mosaïque unifiée de notre pays. C’est là une richesse culturelle dont nous sommes fiers. Aujourd’hui, les fils du Sénégal originaires de la Casamance font l’honneur du Sénégal et ne se voient pas en dehors de la communauté nationale. On pourrait citer l’architecte Pierre Goudiaby Atepa, la cinéaste Angèle Diabang Brener, feu l’écrivain Ousmane Sembène, la gloire du football Jules Bocandé, les musiciens du Touré Kunda, Fafadi, le footballeur Aliou Cissé, l’artiste Souleymane Diamanka, le journaliste Sada Kane, beaucoup d’hommes politiques de premier plan au Gouvernement et au Parlement, dans la majorité présidentielle comme dans l‘opposition républicaine.
Une politique forte d’intégration nationale et de décentralisation attribue des pouvoirs propres aux collectivités locales. La plus large autonomie de gestion est accordée aux Régions. Cette politique de responsabilisation locale des représentants des populations ira s’accentuant, avec le projet de provincialisation du président de la République, Maître Abdoulaye Wade, qui souhaite faire correspondre les entités administratives à leurs réalités historiques. Au plan du renforcement de la cohésion nationale, du tissu social et de l’appui aux catégories défavorisées, le chef de l’Etat a instruit, au cours du dernier conseil des ministres, le Gouvernement de proposer, dans les meilleurs délais, un programme national de réinsertion socioprofessionnelle qui, naturellement, intègrera les anciens combattants du Mfdc qui ont choisi de réintégrer la vie civile. Par ailleurs, des radios communautaires, des sites Internet, des événements culturels ou encore la présence des langues et des cultures minoritaires sur les antennes radio et télé du service public favorisent le brassage et la compréhension mutuelle, dans la communauté de destin.
Il faut aussi noter que le Mfdc avait fondé la légitimité présumée de son combat sur le témoignage historique de la France, ancienne puissance colonisatrice. Le rapport Charpy a fini de confirmer que la Casamance a toujours fait partie du Sénégal. L’appartenance de la Casamance au Sénégal est une vérité scientifique historique établie par des documents officiels. Fort de cela, le Sénégal a fait reconnaître ses frontières internationales par les Nations Unies au moment de son indépendance, en 1960. Plusieurs leaders politiques casamançais ont lutté pour l’indépendance du Sénégal, en tant que Sénégalais.
Nous avons accédé à l’indépendance, avec la Casamance comme partie intégrante de l’Etat du Sénégal. Aussi, sur le plan des principes intangibles, l’Etat du Sénégal continuera d’assumer la géographie que l’histoire lui a léguée. Cette géographie n’est pas toujours heureuse, avec l’enclavement de la Casamance. Nous n’en sommes pas moins un Etat souverain, qui renforce la construction de sa Nation, où toutes les composantes ont leur place.
Il n’est pas inutile de rappeler que le Mfdc originel était un parti politique, créé en 1947, intégré dans l’espace politique sénégalais. Le Collectif des Cadres casamançais a encore récemment rendu hommage au doyen Assane Seck, Casamançais et ancien ministre du gouvernement sénégalais sous le président Senghor, qui fit partie de cette mouvance politique-là. Le premier président Senghor a même eu une alliance électorale avec le Mfdc d’alors. Le Mfdc actuel est donc quelque part différent du Mfdc originel. Le sigle est le même, mais l'histoire non.
Les revendications séparatistes actuelles ne sont pas le reflet du souhait des populations de la Casamance, encore moins du reste du Sénégal. Plusieurs parmi les tenants actuels du Mfdc ont d'ailleurs fini par avoir l’humilité et l’humanité en reconnaissant que les exactions sur les populations qui sont commises en leur nom relèvent d’activités hors-la-loi et non pas du combat politique. « Quand les armes parlent, les lois se taisent ».
Il nous incombe d’éviter de reproduire au Sénégal le « syndrome de l’ivoirité ». Au moment où, dans ce pays frère, la Côte d’Ivoire, les contradictions sociologiques ont fini de menacer l’équilibre national, il est important que les fils et filles du Sénégal se réunissent autour de l’essentiel : la patrie.
Pour cela, il faut que les membres du Mfdc continuent de faire preuve de dépassement et de réalisme et méditent la parole du sage : « là où sera le cadavre, se rassembleront les aigles »; pour dire qu'un conflit entre fils d'une même nation ne peut être profitable à ces derniers; mais il peut par contre l'être pour des « aigles » leur venant de l'étranger pour éventuellement leur dévorer leurs cadavres.
Les fils de la Casamance, à côté de leurs frères des autres régions du Sénégal, disent alors ceci: « que les armes le cèdent à la toge, et les triomphes à l’éloquence ! »
M. Moustapha GUIRASSY
Ministre de la Communication, des Télécommunications & des TIC,
Porte-parole du Gouvernement
9 Commentaires
Vip
En Février, 2011 (12:29 PM)Man
En Février, 2011 (12:32 PM)Puncha
En Février, 2011 (12:35 PM)Aziz
En Février, 2011 (12:41 PM)gouvernement de nuls
Mus
En Février, 2011 (12:52 PM)Relaxe
En Février, 2011 (13:07 PM)Parf
En Février, 2011 (13:30 PM)7778
En Février, 2011 (15:47 PM)Bro
En Février, 2011 (18:10 PM)Participer à la Discussion