A l’image d’un Khadafi, Mugabe ou d’autres chef d’Etat mis au ban de la communauté internationale, la venue du président Abdoulaye Wade fait polémique à Burlington, la plus grande ville de l’État du Vermont, aux États-Unis. En visite dans le pays de l’Oncle Sam, le président de la République du Sénégal est train de vivre une première depuis son accession à la magistrature suprême : être traité comme un dirigeant pestiféré pour des raisons liées à des problèmes de démocratie, de libertés humaines, corruption, etc.
Prévue dimanche dernier, la visite de Wade dans l’Etat du Vermont a suscité des critiques au niveau local, rapportées par le site burlingtonfreepress.com. Au cœur de la controverse, le dernier rapport d’Amnesty International intitulé « Sénégal, terre d’impunité », et qui note que les forces de l’ordre pratiquent « systématiquement » la torture, parfois jusqu’à mort d’hommes sans que les auteurs ne soient inquiétés.
Wade est aussi rattrapé, d’après la même source, par les accusations de corruption, d’abord dans un rapport en 2007 de l’Agence américaine pour le développement International (Usaid), mais aussi par le communiqué de l’ambassadeur américain au Sénégal, Marcia Bernicat, rappelant en mai 2010 que le don de 270 milliards FCfa du Mca obéit au respect des normes de bonne gouvernance.
Interpellés par les opposants à la venue de Wade, les élus locaux du Vermont à l’origine de l’invitation du président sénégalais ont été obligés de s’expliquer. Ainsi, à en croire le site en ligne, le Général Michael Dubie, commandant de la Garde nationale du Vermont, s’est dit « conscient des questions sénégalaises de droits de l’homme », avouant n’avoir pas lu rapport d’Amnesty international. « Je ne suis pas une personne naïve, mais ce n’est pas de notre ressort de condamner un associé », a rétorqué M. Dubie.
En fait, la visite de Wade entre dans le cadre d’un programme de partenariat du Sénégal avec les autorités militaires du Vermont, qui a démarré en 2008. « Nous parlons des principes de droits de l’homme universels, l’état de droit, le contrôle civil de l’armée », aurait expliqué M. Dubie, espérant que cela ait un impact positif dans le partenariat.
Plusieurs personnalités sont pressenties pour le dîner en l’honneur de l’hôte Wade, parmi lesquels le gouverneur de l’Etat du Vermont, Jim Douglas. Et, chose curieuse, l’ambassadeur des Etats-Unis au Sénégal Mme Bernicat, qui avait pris un savon de Wade, y est aussi annoncée.
Pour sa part, le Président de Conseil municipal, Bill Keogh, s’est demandé si c’était approprié de saluer un chef d’Etat dont le pays est accusé de violations de droits de l’homme. « Si j’étais invité, je n’irai pas au dîner », aurait laissé entendre M. Keogh. Somme toute, les autorités locales estiment ne pas devoir parler des questions politiques et des problèmes de gouvernance au Sénégal, préférant plutôt faire honneur à l’hôte de marque. Mais sans doute quelque peu encombrant.
0 Commentaires
Participer à la Discussion