Au rythme des grandes vacances, la ruée vers les plages de Dakar, en cette période caniculaire, constitue une aubaine pour des milliers d’acteurs de l’économie informelle. Entre autres, marchands de vêtements, restauratrices, ils sont des milliers à faire profit le long des côtes maritimes. Reportage…
Au beau milieu d’un tintamarre, entonné par le flot des vagues, la plage de Yoff, bercée par la brise marine, vibre aux allures d’un carnaval en cet après-midi de samedi. Au cœur de l’immense foule, où se confondent baigneurs et visiteurs, Modou Diakhaté, pédicure ambulant en quête de clients, est tombé sur l’aubaine. Sac au dos, le bonnet trônant royalement sur la tête, c’est à l’ombre d’une tente retranchée qu’il s’emploie aux soins en faveur d’une dame, flaquée d’un bikini ultra-moulant. « Depuis deux mois presque, j’ai déserté le centre-ville où je circulais à longueur de journée en ne croisant seulement que deux à trois client intéressés par mes services. Maintenant en ralliant chaque après-midi le centre aéré Bceao, je suis devenu extrêmement chargé. Grâce à la dizaine de clients qui me sollicitent de gauche à droite, je rentre le soir avec au minimum 10 000 francs en poche », chiffre-t-il, maniant avec dextérité la ponceuse sur le pied de sa cliente posé sur sa cuisse.
« Sur cette plage, la vente de jus me rapporte 15 à 20 000 F par jour »
Quarante ans, mère de famille, Ndieumb Diagne se frotte les mains au centre d’une masse de clients ayant pris d’assaut sa modeste table, ornée de diverses bouteilles de jus. Son offre, une d’entre les plus prisées dans les parages, est devenue la sève nourricière de toute sa progéniture. Mais à l’en croire, l’essor subit de son petit commerce, sous l’impact de l’attractivité de la plage, va au-delà de ses attentes financières. « En implantant ma table, mon principal objectif était de gagner de quoi nourrir ma famille. Mais alhamdoulillah, avec la forte demande, je parviens à me faire plus de bénéfices que je ne l’espérais ; car sur cette plage, la vente de jus me rapporte 15 à 20 000 francs par jour. Et finalement, après avoir réglé mes dépenses quotidiennes, j’arrive même à épargner de l’argent », confie-t-elle debout, la silhouette drapée dans un ‘’meulf’’ oscillant sous l’effet de la brise.
À l’instar de Ndieumb, Penda Guèye, acculée par une cohorte de clients autour de son barbecue, peine à retrouver le souffle pour un temps de parole. Entre les rangées de tables dressées, et les va-et-vient de ses collaboratrices, c’est sous la forte senteur du poisson grillé que la restauratrice se faufile jusqu’à une table libre. Sur la floraison de son business, Penda, vêtue d’une robe tablier cuisine, se livre : « Au début des vacances, j’arrivais à gérer seule la demande. Mais ces derniers jours, la fréquentation de la plage s’est accrue de façon explosive. Et pareil pour ma clientèle. J’ai dû recruter quatre filles qui me prêtent main-forte. Malgré cela, nous sommes toujours débordées. Si seulement, cette même attraction et cette même rentabilité commerciale pouvaient continuer durant toute l’année… », sourit la restauratrice avant d’être interpellée…
Une alternative au chômage chronique
À Golf Sud, le long de la plage Malibu, Seydou Sall arpente le sable mouvant, l’épaule droite sous le poids d’une panoplie de maillots de bain. Étudiant dans un établissement supérieur privé, il sillonne les plages pour renflouer ses poches en perspective de la prochaine rentrée académique. Comme chaque période de grandes vacances, le jeune tourne le dos à l’oisiveté pour une activité lucrative. « De la plage de Ngor à celle de Yoff jusqu’à Malibu, retrace-t-il, je ne rate aucune occasion pour écouler des maillots de bain ». « Dès les premières heures de la matinée, je prends la direction du marché de Colobane où je retrouve mon fournisseur de marchandises. Une fois le sac bien rempli, je continue directement vers les lieux de baignade très fréquentés. Les bénéfices que je fais au cours des trois mois de vacances me serviront à payer une grande partie de mes études pour l’année académique à venir », prévoit le jeune marchand, les yeux rivés sur un groupe de jeunes filles en palabre. En attendant, sur les côtes de Dakar, l’économie respire à pleins poumons !
Jennifer
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