Des hommes sur un bout d’une piste de la Vdn avec une lance roquette pour atteindre l’avion présidentiel, la Pointe de Sangomar, au décollage ; au même moment, d’autres éléments prennent d’assaut le Palais de la République. Voilà le scénario qui avait été prévu pour renverser le régime en place. Hier, au cours du procès, les présumés putschistes ont cité le Président ivoirien, Laurent Gbagbo comme l’un des financiers de ce projet.
Le procès des présumés putschistes a révélé, hier, des éléments nouveaux dans le dossier. Déjà, au mois de février 2004, Le Quotidien relatait l’arrestation de Barame Ndoumbé Diop à Ziguinchor avant d’être déféré dans la même nuit du 21 juillet 2004 à Dakar et ainsi que celle de Amadou Lamine Ndiaye Dia, arrêté à la Médina, un quartier de Dakar. Tous les deux, rapportait Le Quotidien, sont d’anciens militaires. Ils avaient été mis en cause dans un projet de coup d’Etat dont le cerveau, un nommé Abibou Touré serait toujours en fuite. Si jusqu’ici, le financement de cette opération et son plan d’action restaient un mystère, hier à la barre, le voile s’est levé peu à peu du fait de la ténacité et la perspicacité du juge Malick Lamotte qui tenait à faire cracher le morceau aux deux prévenus. En effet, c’est au cours de l’interrogatoire au fond que le juge a fait la première révélation qu’il tire du procès-verbal de l’enquête.
Interrogeant le prévenu Barame Ndoumbé Diop, le juge lui demande de confirmer si c’est effectivement lui qui avait déclaré que le financement de l’opération du coup d’Etat devait provenir de l’appui de chefs d’Etat étrangers, notamment le Président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo. Ce que le détenu n’a pas nié. Toutefois, ce dernier explique qu’il a été contacté par Abibou Touré. C’est celui-ci qui lui a parlé de la provenance des moyens financiers pour le persuader de participer au putsch.
Concernant la provenance des armes qui devraient servir à renverser le gouvernement en place, Amadou Lamine Ndiaye confirme au juge qu’il attendait la collaboration d’un caporal-chef en service au magasin d’armes du 5e bataillon dans la zone Sud. Ce dernier devait faciliter la bande de Abibou Touré pour entrer en possession des armes, qui devraient servir pour les opérations. D’ailleurs, le supposé chef du projet de putsch, Abibou Touré, qui devrait se rendre au Liberia et en Côte d’Ivoire pour rencontrer ses partenaires qui seraient les auteurs du financement du coup, apprend-on.
Toujours, interrogés par le juge Lamotte sur les modalités du déroulement du coup d’Etat, les prévenus confirment leur déclaration faite lors de l’enquête. Des éléments devraient se positionner sur la Voie de dégagement Nord (Vdn), précisément au niveau du bout de piste avec une lance roquette pour tenter d’abattre l’avion présidentiel au décollage. Ensuite, un groupe prendrait d’assaut le Palais de la République au moment où une bande s’accapare des commandes de la Radiodiffusion télévision du Sénégal (Rts). Pour mener à bien ces opérations, ces «anciens militaires», attendaient l’appui de mercenaires étrangers, souligne-t-on devant la barre.
A ces différentes révélations s’ajoute une autre, relative à une réunion de Ziguinchor où d’anciens militaires, tous de la même classe d’arme, ont pris part. En fait, dans cette rencontre nocturne dirigée par Abibou Tourré, note le juge, tous les conviés ont en commun d’avoir appris le maniement des armes durant leur formation dans l’Armée sénégalaise. Ce qui fonde les suspicions du procureur Diom qui soutient, avec insistance, qu’il faut prendre cette affaire avec beaucoup de sérieux.
En tout cas, les mis en cause n’ont jamais nié l’existence des tractations pour renverser le régime sénégalais par les armes. S’ils nient avoir donné leur accord pour participer aux opérations, ils reconnaissent l’existence de la stratégie et ainsi celle de moyens financiers qui devaient provenir de chefs d’Etat étrangers.
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