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Aujourd'hui pourtant, un semblant de gouvernement semble se mobiliser. Le palais présidentiel s'étant effondré - comme la plupart des bâtiments officiels - les responsables politiques qui ont survécu se réunissent désormais dans les bureaux de la Direction centrale de la police judiciaire, à proximité de l'aéroport. "Ils tentent d'apporter une réponse et de coordonner l'aide internationale, mais cela n'a que très très peu d'impact sur le terrain", constate Philomé Robert, l'un des envoyés spéciaux de FRANCE 24 à Port-au-Prince.
Complètement absents lors des premiers jours du drame, les policiers haïtiens ont recommencé à patrouiller dans les rues de la capitale, ce week-end. S'ils parviennent à arrêter des pillards, ils sont toutefois contraints de les relâcher peu après, faute de pouvoir les enfermer quelque part.
Un État en déshérenceDepuis le début de la crise, le président haïtien René Préval est, lui, resté quasiment muet. Il n'a donné aucune consigne et ne s'est pas adressé à son peuple. L'état d'urgence n'a été décrété que dimanche, cinq jours après la catastrophe.
Une situation qui ne surprend pas Pascal Buléon, directeur de
recherches au CNRS et auteur de "Émergences Caraïbes". "Avant la
catastrophe, l'État haïtien était déjà dans un état de déliquescence
extrême. Aujourd'hui, il est en déshérence, mais cela correspond
presque à la situation habituelle. Il n'y a pas d'État", déclare-t-il à
france24.com.
Le constat pose plusieurs questions : une fois l'urgence passée, comment pourra-t-on reconstruire le pays, privé d'autorité et d'institutions fortes ? Qui dirigera l'énorme chantier destiné à reconstruire Haïti ? Quels seront les rôles respectifs des États-Unis, de l'Europe et des Nations unies ? Comment pourra-t-on concilier interventionnisme, droit d'ingérence humanitaire et respect de la souveraineté ?
Autant d'interrogations auxquelles la communauté internationale se devra de répondre, lors de la conférence prévue le 25 janvier à Montréal. Plusieurs personnalités, dont le député français Jacques Myard (UMP), ont proposé de placer Haïti sous la tutelle de l'ONU, à l'image de ce qui a été fait, par exemple, au Kosovo : cette province a été placée sous tutelle onusienne en 1999.
"Une affaire semi-intérieure" pour les États-Unis
En attendant qu'une décision soit prise, sur le terrain, les États-Unis ont pris la tête du mouvement international de solidarité. Ils sont notamment responsables de la gestion - cruciale - de l'aéroport de Port-au-Prince. "Les Américains sont déjà intervenus au-délà de ce qu'ils auraient fait pour une autre crise, constate Pascal Buléon. Ils n'ont pas la même approche, par exemple, que lors du tsunami de 2004. Il y a une prise de responsabilité politique de leur part car ils considèrent qu'Haïti est dans leur zone d'influence directe. Ce n'est pas nouveau. Pour Washington, il s'agit d'une affaire semi-intérieure !" Geste exceptionnel, le président américain s'est affiché, samedi, aux côtés de ses deux prédécesseurs, Bill Clinton et George W. Bush - dont la mauvaise gestion au moment de l'ouragan Katrina, en 2005, est encore dans toutes les mémoires.
Un an tout juste après son investiture, Barack Obama, confronté à des critiques sur le bilan de sa première année à la présidence, a appelé à l'unité de toute l'Amérique pour aider le peuple haïtien. Face à l'important dispositif humanitaire déployé par les États-Unis, l'Europe tentera certainement de se positionner. Samedi déjà, des tensions sont apparues entre Paris et Washington à propos de la gestion de l'aéroport.
Depuis une dizaine d'années, l'Union européenne est engagée dans un processus de coopération avec les 27 pays des Caraïbes, regroupés dans l'Association des États de la Caraïbe. "Les pays européens sont perçus comme les anciennes puissances coloniales, mais jouissent toutefois d'une certaine sympathie parce qu'ils représentent une alternative à la tutelle américaine. L'Europe peut faire beaucoup dans le processus de reconstruction, pour restaurer les fondements de la société", juge Pascal Buléon.
Hémorragie humaine
Si l'hypothèse d'une coopération internationale placée sous l'égide de l'ONU paraît la plus probable pour tenter de remettre - ou plutôt mettre - le pays sur pieds, l'avenir d'Haïti à moyen terme reste sombre.
"Les difficultés du pays ne sont pas seulement externes, explique Pascal Buléon. Le plus grave, c'est l'hémorragie humaine : beaucoup de gens dévoués, capables, ont dû quitter le pays. Il n'y a pas d'ossature intérieure, en ce qui concerne l'éducation ou la justice... La criminalité organisée et les gangs sont aussi extrêmement puissants. Il n'y a donc pas de solution à court terme. L'horizon se situe, au moins, à une génération."
Pour certains experts cependant, cette catastrophe est une occasion à saisir, en vue de "mieux reconstruire". "La clé d'une reconstruction réussie réside dans une coordination optimale de l'aide et dans l'implication directe des Haïtiens", indique ainsi à l'AFP Jordan Ryan, directeur du service Prévention des crises et relèvement du Programme des Nations unies pour le développement.
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