Encore un procès portant sur l’émigration clandestine. Mercredi, à l’audience du Tribunal des flagrants délits de Dakar, les peines requises par le parquet ont été jugées excessives et «amorales» par les avocats de la défense et des proches des candidats malheureux à l’émigration clandestine. Dans tous les cas, le juge ne s’est pas fait prier. En effet, la présidente du tribunal a infligé une peine de deux ans de prison, assorties d’un an d’emprisonnement avec sursis à Boubacar Ndiaye, le capitaine de la pirogue, qui devait acheminer les clandestins vers les îles Canaries. Son assistant, Lamine Dieng, qualifié de complice par le procureur de la République, est condamné à deux ans avec sursis dont 6 mois de prison ferme.
Ousseynou Guèye, à qui il est reproché d’avoir gardé les six millions de francs Cfa, correspondant au reste de l’argent payé par les clandestins, après achat des frais de nourriture, a été relaxé, au bénéfice du doute.
Les 39 autres prévenus, qui constituent le restant du groupe et qui étaient candidats à l’émigration clandestine, ont été condamnés à deux ans de prison avec sursis.
A l’annonce du verdict, la défense est montée sur ses grands chevaux. Pour Me Ndéye Fatou Touré, membre du collectif de la défense, «c’est triste de voir que ce sont des pauvres qui sont condamnés». Pire, selon elle, «le juge n’a fondé sa décision sur aucune base légale, car les dispositions juridiques n’ont pas prévu de telles sanctions pour ces cas». En effet, selon elle, «l’article 4 de la loi, relative à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées et à la protection des victimes», ne saurait prospérer sur ce cas d’espèce. Pour elle, l’article 4 parle plutôt de «trafic de migrants». Or, un tel article, d’après Me Mbaye-Jacques Ndiaye, membre aussi du collectif des avocats de la défense, n’est pas approprié, car, selon lui, il est dit : «Est punie de 5 à 10 ans d’emprisonnement et d’une amende d’un million à 500 000 francs Cfa l’émigration clandestine organisée par terre, mer ou air, que le territoire national serve de zone d’origine, de transit ou de destination.» Pour Me Ndiaye, «les clandestins n’ont même pas quitté le territoire sénégalais pour qu’on parle de migration».
Mieux, pour lui, «le législateur sénégalais, s’est trompé en utilisant le terme migration qui concerne, plutôt, la transhumance, le déplacement des animaux». C’est pourquoi, il a affirmé que «le parquet devrait se référer à l’article 8 de la Constitution qui permet la libre circulation des personnes, sur le territoire national».
Et l’avocat d’indiquer qu’il aurait aimé que le parquet parle plutôt de «transport».
Pour Me Améty, un autre conseil de la défense, «c’est un pan de l’histoire qui est en train de se reconstruire» et, à en croire cet avocat, «il faut plutôt faire le procès de la colonisation qui a permis de piller les ressources des pays africains». Il faut que «l’Etat prenne ses responsabilités en luttant contre la pauvreté» dont souffrent ces jeunes.
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