Le genre d’émission radiophonique « wax sa xalaat » qui consiste à demander périodiquement, au téléphone, l’avis des auditeurs, sur un problème d’actualité, me préoccupe différemment. J’y vois, en effet, une double ruse : le sujet et le serveur vocal. Comment ?
Choix du sujet
Il s’agit presque toujours d’un sujet « chaud » que la plupart des journalistes n’ont pas le courage ou les moyens d’approfondir par des analyses et enquêtes. Le public devient indirectement la voix sans visage de la radio qui lui jette l’information en pâture et s’en lave les mains. Si ce n’est pas du « poncepilatisme », ça y ressemble. L’auditeur qui a les moyens de se prêter au jeu est fort aise que l’indignation ou la rage lui sorte des tripes.
Chaque nouveau dossier sur fond d’injustice ou de mal gouvernance en enterre un autre jusqu’ à ce qu’éclate une nouvelle affaire. Combien de cas ayant défrayé la chronique, au Sénégal, depuis moins d’un an, ont fait long feu ?
Piège et profits du serveur vocal
Lorsqu’une émission radiophonique porte sur les denrées alimentaires, la religion, le sport, la politique, c’est la ruée vers le serveur vocal qui répond automatiquement à chacun « de ne pas quitter… ». L’attente peut durer de très longues minutes, fort coûteuses. Il arrive qu’une attente soit en pure perte de plusieurs milliers de francs. Africatel, gérant du serveur vocal fait payer deux ou trois plus cher l’unité téléphonique d’une minute qui ne dure, en réalité, que trente secondes. La station radio est-elle Partner in crime ? M’est avis qu’un joli partage de dividendes ou échanges de bons procédés se passe quelque part.
Ce qui me tarabuste le plus, dans cette affaire, et ne semble émouvoir personne, demeure l’omnipotence d’Africatel dont il faut négocier les services pour l’obtention de n’importe quel document administratif ou de voyage. Et ce n’est pas tout.
Voici un extrait de son « cahier de charges » avec ses fautes d’orthographe et de style que je souligne, à dessein:
« Africatel s'est vu confié toute la gestion des demandes de visa par les Ambassades de certains pays étrangers représentés au Sénégal, ainsi que la gestion de certaines chancelleries. Le système que nous avons mis en place a servi de désengorger les abords des Ambassades renforçant par la même occasion la sécurité de ces lieux. Cela a favorsé la gestion d'autres organismes comme le service des permis de conduire, les demandes de passeport sénégalais, l'état civil pour la région de Dakar, l'office du Bac, le bureau des bourses. Ce rôle de facilitateur est bien gèré au niveau d'Africatel avec un professionnalisme hors du commun. Ceci grâce à une certaine experience dans domaine.”
« Les étudiants sénégalais sont confrontés à d'énomes problèmes en ce qui concerne le retrait de leur diplômes. Africatel AVS, en collaboration avec l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a mis en place ce service pour faciliter le retrait des diplômes. Ainsi losrsqu'un étudiant veut retirer son diplôme, il doit au préalable prendre contact avec la centrale de réservation Africatel AVS pour prendre rendez-vous au niveau de l'office du Bac. Cela est valable pour le depôt de la demande d'attribution du dilpôme ainsi que pour le retrait. Donc il faut toujours prendre rendez vous au niveau d'Africatel avant de se présenter à l'Office du Bac. »
Messieurs d’Africatel, « si votre ramage se rapporte à votre plumage »,
Vous êtes les phénix des affairistes de ce Sénégal.
J’ai personnellement fait les frais de cet oiseau de proie avec le renouvellement d’un passeport auquel je finis par renoncer, après moult tracas. Il n’était pas question d’enrichir un intermédiaire pour bénéficier d’une obligation de l’Etat déjà engraissé par ses emprunts non remboursables, sa boulimie foncière et nos impôts.
Si Africatel sert à alléger l’Administration, ses services devraient relever de la fonction publique et non d’une structure privée. Ce négociant privilégié dont le seul investissement est un conduit auditif muni d’un transmetteur à large spectre, réussit à vampiriser tous les secteurs de la vie nationale. Africatel, aigle royal ? Faut croire…
Sous peu, il faudra téléphoner pour avoir le droit d’accoucher, de faire circoncire son enfant, d’obtenir un bulletin de vote, une place à l’église ou à la mosquée, prendre un abonnement pour aller dans les toilettes publiques. Ce qui se traduira, au finish par « un sénégalais, un portable » et la fermeture définitive de ces telecentres empêcheurs de collecter des ronds.
Ce monnayage à outrance des services publics, sans doute copié sur le modèle américain ne risque-t-il pas de clochardiser bien plus qu’il ne contribue au bien être des populations? - Débat philosophique, estime mon ami Babou.
Le vieux cuir tanné de vérités évidentes et définitives que je suis, pense plutôt à une arnaque sans débat.
Amadou Gueye Ngom,
Critique social
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