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Face au juge Prévost, Souleymane Jules Diop a révélé la source de ses déboires qu’il situe à la suite d’une rencontre à sa demande avec le président de la République, Me Abdoulaye Wade. En allant à cette audience, le conseiller du Premier ministre au moment des faits avait la ferme intention de mettre en garde le locataire du palais de l’avenue du président Léopold Senghor contre les dérives qu’il voyait venir. La tension était à son comble entre les deux responsables de l’exécutif, les pires injures fusaient des colonnes de journaux dédiés à la défense d’intérêts de chaque camp.
C’est dans ce contexte, selon ses dires, que Souleymane Jules Diop a attiré l’attente du président Wade sur les dangers encourus à mettre son fils en avant dans la gestion des affaires de l’Etat et à faire confiance à certains membres de son entourage. Piqué au vif, mais surtout outré de tant d’audace, son interlocuteur l’aurait traité d’impoli, avant de le faire revenir le lendemain au palais pour une confrontation avec des personnes de son entourage incriminées, à savoir Souleymane Ndéné Ndiaye, Farba Senghor et Pape Samba Mboup. Mais le président ira plus loin, en intimant l’ordre au Premier ministre Idrissa Seck de se séparer de son téméraire conseiller. Ce dernier, réticent, aurait répliqué : ‘’Je me sépare de mes collaborateurs quand ils commettent des fautes, mais je ne saurais me séparer de quelqu’un qui n’a rien fait’’. Toujours est-il qu’au final, le contrat de collaboration liant Idrissa Seck à Souleymane Jules Diop a été rompu.
A la suite de nombreux développements aussi subites qu’inattendus, le conflit va s’envenimer pour prendre des proportions que tous ceux qui ont suivi ce feuilleton digne des productions hollywoodiennes connaissent. Il ne finit pas et ses rebondissements sont toujours spectaculaires, comme cette rencontre du lundi 12 janvier 2009 au palais de la République au cours de laquelle le président Wade a reçu son ancien Premier ministre Idrissa Seck. Au plus fort de la crise entre ces deux responsables, les thuriféraires ont pris position pour l’un ou l’autre. Souleymane Jules Diop, lui, soutenait à fond M. Seck. Mais à ses yeux, il s’est agi de défendre l’intégrité de l’Etat de droit face à ce qu’il a appelé les dérives monarchiques. Et quoi que cela puisse lui coûter, il s’y emploiera de toutes ses forces.
Dans ce procès qu’il vient de subir dans tous les sens du terme, mon collaborateur au desk politique de Wal Fadjri /L’Aurore faisait peine à voir. Sa place n’était pas en ce lieu. Et me revint le souvenir des ‘années glorieuses’ passées à noircir les colonnes du quotidien Walf, notamment à la veille de la présidentielle de l’an 2000, élection qui s’est soldée par l’avènement de la première alternance démocratique au pouvoir au terme d’une vie de quarante années de souveraineté internationale.
Jules savait mettre du cœur à l’ouvrage et Me Wade et Idrissa Seck le fascinaient. Il aimait produire des articles les concernant. Ce n’est pas exagéré de dire qu’il avait une petite affection pour le Parti démocratique sénégalais (Pds), il aimait ses leaders. La séparation de ces deux collaborateurs fut donc pour lui un drame pour ce journaliste admiratif.
Mais en se mêlant du combat des pachydermes par loyauté à son ancien employeur, par ailleurs chef du gouvernement, Souleymane Jules Diop s’est écarté de la rigueur journalistique dont il faisait montre au sein de l’équipe de la rédaction du journal anciennement de Sacré-Cœur. Dans sa relation de certains faits, il faisait parler plus souvent son cœur que de faire confiance à la raison. D’où la difficulté éprouvée dans la défense de sa cause.
Cet écart n’en fait pas un diable, bien au contraire. Il a l’excuse d’être parti, pour un court séjour, fuir les tumultes au Sénégal au moment des faits, et laisser passer l’orage. Il se retrouve en situation de quasi exil. Quel esprit n’aurait été déstabilisé par une telle impréparation ? En mettant en jeu ce qu’un journaliste a de plus cher, c’est-à-dire sa crédibilité, Souleymane Jules Diop a fait montre d’une grande naïveté. Souhaitons-lui de revenir rapidement à la pratique orthodoxe de son métier, comme il sait le faire quand il le veut.
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