Mon Dieu ! Dans quel pays sommes-nous, où depuis plus de deux semaines, les radios, télés et journaux rivalisent et ne parlent que de Dieu, de son prophète, et de son livre saint ? Tel un phénomène de mode, le mois « béni » du ramadan est l’occasion rêvée pour les imams et prêcheurs en perte d’audience et de public, d’investir les médias pour redorer leur blason et sermonner les néophytes et mauvais croyants dans un prosélytisme de circonstance.
Et c’est
parti pour un mois de conférences, de causeries, de prêches et de
débats qui se suivent et se ressemblent, et dont les animateurs et
prédicateurs, dans leur one-man-show, se servent à volonté dans le
livre saint pour mettre à disposition des fidèles du dimanche, toutes
les recommandations qui les rapprocheraient de leur Seigneur bienfaiteur
et les éloigneraient de la damnation. Les mosquées ne désemplissent
pas ; on décline un chapelet par ci, un voile par là, on s’habille
en blanc, turban ou djellaba, le cure-dents bien en vue, pour montrer
à tout le monde que nous ne sommes pas dans notre état habituel, pour
ne pas dire ‘normal’.
Certains s’offrent même le ‘luxe’ de trimballer un Coran à tout bout de champ. D’autres s’amusent à téléphoner à la radio ou à la télé, parfois, pour poser des questions qui frôlent l’idiotie et la banalité, déclinant avec allégresse leur identité. C’est le ramadan, donc, on fait semblant, du moins pour certains d’entre nous, pendant 30 bons jours, où tout le monde est croyant, et tous les croyants, fidèles, tous les fidèles, imams, tous les imams, dévots, et tous les dévots, saints. A deviner que les saints, à leur tour, passent à l’état de divinité. Bienvenue dans le prosélytisme de circonstance et l’hypocrisie sociale à grande échelle. Tantôt les nouveaux envoyés de Dieu sur terre ou mercenaires de la foi, qui ont trop la côte en cette période, ouvrent les portes du paradis, tantôt ils nous claquent au nez celles des geôles de l’enfer, comme si le Tout-Puissant leur avait confié pendant un mois, les clefs et la garde de ces deux seuls lieux de destination, qui attendraient chaque âme dans l’au-delà. Pour certains « fidèles », l’adoration divine est une sorte de mode, quelque chose de très périodique. Nous modelons notre foi en fonction des périodes : le vendredi par exemple, et pendant les deux fêtes de l’Aïd. Idem pour le pèlerinage à la Mecque. Chez certains, l’ascension sociale passe nécessairement par le fait de se faire appeler Aladji ou Adja, peu importe la provenance des fonds avec lesquels on a effectué le voyage. Selon la version des Taïb Socé qui pullulent sur la bande FM, pendant le mois « béni » du ramadan, les portes du paradis sont grandes ouvertes, et Satan « enchaîné ». Un bref détour à la plage ou dans certaines boîtes de nuit de Dakar, dans les restaurants et dans les kiosques ou autres points de vente du PMU, semble prouver que « le Malin », lui aussi, a ses fidèles, ses adeptes. Enchaîné ou pas, il n’a pas eu de mal à briser ses liens pour y enchaîner les ‘mauvais croyants’. Il pêche aussi bien en période ‘normale’ que pendant le ramadan, étant donné que le soir du jeûne, on s’autorise une bonne partie de ce dont on s’est privé dans la journée, y compris les choses dites interdites ou illicites. Les Sénégalais aiment accorder beaucoup d’importance au paraître. « Malheur à ceux qui font la prière par ostentation ! » met en garde le livre saint. On devrait en dire autant pour les jeûneurs. Si le ramadan est censé être un test pour préparer les « fidèles » à l’abstinence pour les 11 mois restant de l’année (religieuse), c’est de loin la période que nous préférons, pour la simple bonne raison que beaucoup d’entre nous y jouent des rôles et s’obstinent à ne pas voir ce que nous sommes en réalité, et qui s’avère être notre quotidien. Parce que, nous sommes nombreux, en période dite normale, à apprécier les clips à gogo sur 2S, de même que les rondeurs de nos driankés, les strings, dangal, ‘dioumbax out’ et jupes courtes ou fentes de nos belles et provocantes demoiselles. La seule différence, c’est qu’en ces jours de ramadan, il est religieusement « incorrect » de les contempler « à haute voix », même si l’envie nous vient de libérer l’inséparable Satan de ses carcans. En fin de compte, le ramadan, c’est comme le « simb », une scène de rue où les comédiens, déguisés en faux lions, imitent le fauve et jouent à faire peur : ils dansent et font valser le public au rythme du tam tam. Parfois ils entrent en transe et créent la psychose : ils rugissent, terrassent, terrorisent, et font semblant de tuer même, pour faire croire à leur bestialité temporaire. A la fin du spectacle, ils abandonnent leurs maquillages et leurs déguisements, retrouvent leur état normal, et redeviennent tout simplement, ce qu’ils étaient avant, c'est-à-dire, ce qu’ils sont en réalité.
Momar Mbaye
http://mbayemomar.over-blog.
0 Commentaires
Participer à la Discussion