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Pour l'année 2009, les besoins en préservatif masculin pour tout le Sénégal s'élèvent à 11 millions 730 mille. La révélation est du Docteur Pape Baba Lissa Ndaw, conseiller logistique à Intra Health. Selon le Dr Ndaw, la plus grande partie est destinée au marketing social et l'autre au secteur public.
L'estimation des besoins se fait par des exercices de planification appelés tableau d'acquisition des contraceptifs pour le pays. Ces exercices consistent, selon le pharmacien, à faire la revue de toutes les données de consommation de préservatifs des programmes utilisateurs. Ces programmes utilisateurs sont la Division de la santé de la reproduction, la Division des Ist/Sida et l’Agence pour le développement du marketing social (Ademas).
Ensuite, les équipes procèdent à des projections en fonction des objectifs spécifiques à chaque programme par année. ‘Et c'est sur cette base que les planifications se feront en tenant compte des stocks restants à l'inventaire physique, les pertes enregistrées et les éventuels transferts entre programmes et aussi des commandes déjà planifiées en cours de livraison’, explique le Dr Ndaw, ajoutant que les prévisions ainsi faites en début d'année ‘feront l'objet de mise à jour en milieu d'année avec les données réelles de consommation du premier semestre de l'année en cours’.
Au Sénégal, les préservatifs masculins sont gérés aussi bien dans le secteur public que dans le privé. Au niveau du public, ils sont destinés à la lutte contre les Ist/Sida par le biais de la Division sida, à la contraception et à la double protection par la Division de la santé de reproduction (Dsr) dans le cadre de la planification familiale. Par contre, il existe aussi au Sénégal des préservatifs qui sont utilisés dans le secteur privé pharmaceutique via les grossistes privés et qui ne sont pas du marketing social.
Pour le secteur privé, l’Agence pour le développement du marketing social joue sa partition dans le cadre du marketing social pour une meilleure accessibilité de ce condom. Œuvrant pour le bien-être de la population en général, l’Ademas se charge de livrer la bonne information et de faire en sorte que le produit soit disponible. C’est ainsi que des études ont été réalisées pour connaître la perception qu’ont les Sénégalais de ce produit. ‘Ces études ont permis de cerner toutes les considérations socioculturelles et religieuses. La sexualité est un domaine tabou dans notre pays avec son lot de susceptibilités socioculturelles’, explique le Docteur Cheikh Saadbou Sarr, chargé de programme à l’Ademas.
C’est ainsi que des stratégies de communication sont élaborées en tenant compte de ces pesanteurs. Munis d’une approche de proximité, des promoteurs sont déployés sur le terrain pour attirer l’attention des populations sur la perception du risque. Une communication de masse est également menée à travers des spots télé et radio. Des activités de sponsoring sont, en outre, menées pour faire connaître les produits. ‘Si on prend l’exemple de Protec et Fagaru Jeune, ici, la marque renseigne sur le produit avec le nom qui met l’accent sur le danger et les risques encourus’, explique le Dr Sarr.
En ce qui concerne le préservatif féminin, seule la Division Sida s’occupe de ce volet. C’est ainsi que pour l’année 2009, aucune commande n’a été faite puisqu’il existe un stock de 6 mille préservatifs, nous dit-on à la Division Sida. Mais, nous y informe-t-on, les sorties pour le condom féminin sont très faibles. ‘Le besoin est là, car il permet une autonomie de la femme, mais nous éprouvons beaucoup de difficultés à le faire accepter par les femmes. D’abord, ce n’est pas très connu. Ensuite, certaines femmes ont des problèmes de prise de décision’, explique une sage-femme d’Etat à la Dsr.
Pour sa part, la Dsr travaille à assurer la disponibilité du produit aux utilisateurs au niveau de toutes les régions. ‘Pas une seule fois, une rupture de stock n’a été enregistrée au niveau des points de distribution comme les centres conseils adolescents et les services de l’éducation pour la santé, même dans les coins les plus reculés du pays’, assure Aïssatou Sano Coly de la Dsr. Selon elle, la sécurité contraceptive passe inévitablement par un travail au niveau des adolescents. Ces derniers, explique la technicienne supérieure en santé, chargée de la Planification familiale, sont sexuellement actifs et, face à cette précocité sexuelle, ne bénéficient pas d’une grande expérience dans ce domaine. D’où l’intérêt de mettre un accent particulier sur cette tranche d’âge qui a le goût de la découverte.
APPROVISIONNEMENT EN CAPOTES ANGLAISES : L’Etat du Sénégal s’accroche au guichet des bailleurs
Si jamais les bailleurs venaient à se retirer de l’approvisionnement en préservatifs, aussi bien masculins que féminins, l’Etat du Sénégal devra se déployer pour satisfaire la demande des populations. Jusqu'à ce jour, l'Etat du Sénégal n'a jamais acheté de préservatif masculin. Tous les préservatifs sont achetés par les partenaires, exclusivement l’Usaid, l’Unfpa et Kwf… Il en est de même pour le condom féminin. Une situation qui risque de bouleverser tous les programmes une fois ces bailleurs partis. La lutte contre le Sida et les Ist, ainsi que la lutte contre les grossesses précoces non désirées, toutes ces stratégies risquent de tomber à l’eau à cause d’un Etat qui observe les opérations derrière les grilles.
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