Dakar, 25 juil (APS) – Les journaux sénégalais ont ‘’une grande responsabilité’’ dans le fait que Karim Wade pense ‘’probablement’’ qu’il peut remplacer son père à la tête de l’Etat, estime l’historien Mamadou Diouf, enseignant au Columbia University de New York (Etats-Unis).
‘’Je suis désolé, les journaux sénégalais ont une grande responsabilité dans le fait que ce citoyen sénégalais (Karim Wade) pense probablement qu’il peut remplacer son père’’, a dit M. Diouf dimanche au cours de l’émission ‘’Remue-ménage’’ de la Radio Futurs médias.
‘’J’ai défendu la thèse, je l’ai exprimée et je maintiens que si Karim Wade est devenu aujourd’hui un successeur possible de son père, c’est parce que les journaux sénégalais l’on rendu crédible. Et ils continuent à le mettre au centre de ce système parce qu’il a sa photo tous les jours dans les journaux’’, a-t-il insisté.
Diouf a dit que le sujet d’une dévolution monarchique du pouvoir est aujourd’hui ‘’une question importante dans ce pays’’, avouant que ‘’pendant longtemps’’ il n’y a pas cru.
Depuis mai 2009, Karim occupe dans le gouvernement le poste de ministre de la Coopération internationale, de l’Aménagement du territoire, des Transports aériens et des Infrastructures avec rang de ministre d’Etat.
Avant d’occuper ce poste, M. Wade a dirigé, pendant plus de quatre ans, l’Agence nationale de l’Organisation de la Conférence islamique (ANOCI) créée en juin 2004 pour préparer l’organisation du Sommet des 13 et 14 mars 2008. Elle était notamment chargée de conduire la construction d’infrastructures hôtelières et routières sur la Corniche Ouest à Dakar.
L’universitaire sénégalais estime qu’en tant que citoyen sénégalais, Karim Wade, à qui il est prêté l’intention de vouloir succéder à son père, a le droit de participer à une élection présidentielle, mais, dit-il, ‘’il y a plusieurs choses qui posent problème’’.
D’abord, explique-t-il, ‘’son père dit qu’il est le meilleur de tous, mon père aurait dit la même chose de moi. C’est pour ça qu’on ne doit pas écouter le président. C’est ce que les Américains appellent le conflit d’intérêt. Il peut vanter son fils, faire tout ce qu’il veut, mais nous avons aussi le droit de ne pas le suivre, parce qu’effectivement c’est le père qui parle du fils’’.
‘’Deuxième chose, poursuit Mamadou Diouf, il lui a confié des responsabilités énormes. Mais dans cet Etat il y a des mécanismes pour vérifier ce qu’un responsable fait des responsabilités qui lui sont confiées (…) C’est un problème de dire : il est ministre mais il ne peut pas être traité comme les autres ministres.’’
L’historien est allé à l’encontre de l’argument du président Abdoulaye Wade qui soutient souvent que Georges Bush a favorisé l’arrivée de son fils à la présidence des Etats-Unis d’Amérique.
A ce propos, il a dit : ‘’Je l’ai souvent entendu dire : +Bush l’a fait+. Mais Bush ne l’a pas fait. Le fils Bush qui est devenu président de la République, était d’abord le gouverneur du Texas. Mais pour être gouverneur du Texas, il a fait les primaires du Parti républicain, il a gagné les primaires dans le Parti républicain ; et après les primaires, il a gagné les élections générales du Texas. Quand il est devenu président de la République, ça a été le même cheminement. Il a été candidat, il s’est battu dans les primaires. Tout le monde se rappelle la bataille terrible qu’il a eue avec (John) McCain.’’
‘’Si le fils du président (Karim Wade) a un parti et entre dans ces mêmes procédures, soit’’, a ajouté Mamadou Diouf, relevant par ailleurs que le chef de l’Etat sénégalais est ‘’en train d’ouvrir des possibilités énormes’’ avec l’idée d’un retour à l’article de 35 de la Constitution.
Cette disposition constitutionnelle avait été activée en 1980 après la démission du président Léopold Sédar Senghor pour permettre à son Premier ministre d’alors, Abdou Diouf, de luis succéder.
‘’Ce serait la chose la plus extraordinaire qu’on en revienne à l’article 35 parce que d’une part on peut effectivement avoir un changement constitutionnel et avoir un régime présidentiel à l’américaine, a-t-il dit. Si c’est ça le système, ok. Mais ce système il faut qu’il y ait un débat pour que ça soit accepté, qu’il y ait une révision constitutionnelle.’’
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