
En tous les cas, le Garde des Sceaux du Sénégal, Me Madické Niang, avait soutenu lors de ces ‘petits déjeuners’ de l’Aps, que ‘nous ne le faisons pas sous la pression. C’est toujours notre bataille contre l’impunité qui nous amène à le faire’. Mais la sortie de Me Madické Niang faisait suite à l’annulation des mandats d’arrêt contre Mame Madior Boye et Youba Sambou seulement ; alors que le Sénégal voulait l’annulation de l’ensemble des neuf mandats d’arrêt internationaux lancés contre des autorités sénégalaises plus ou moins impliquées dans la gestion du bateau Le Joola.
Aujourd’hui, quelles seraient les répercussions d’une éventuelle réouverture du dossier pénal du Joola au Sénégal sur la plainte portée devant les juridictions françaises ? ‘Les procédures sont autonomes. La plainte, déposée à Paris, est antérieure à celle qui avait été classée au Sénégal et dont on veut rouvrir’, explique Me Simon Ndiaye. L’avocat des familles des victimes soutient que la plainte, déclenchée à Paris, suit son cours et aucune autre ne pourrait la remettre en cause.
Du côté du président de l’Association des familles des victimes françaises, l’on se dit habitué à ce genre de ‘gesticulations des autorités sénégalaises’. ‘Depuis 2003, nous sommes habitués à ces gesticulations. Peut-être que les autorités sénégalaises ont peur, puisque la justice française s’occupe bien de notre plainte’, fait comprendre Alain Verschatse. ‘Pourquoi veulent-elles rouvrir le dossier ? Est-ce qu’elles ont de nouveaux éléments ? Quand cela bouge trop ailleurs (allusion à la plainte déposée en France, Ndlr), ils essaient de faire quelque chose’, fait-il remarquer. Avant d’ajouter : ‘Cela ne m’empêche pas de dormir !’. Les familles des victimes vont-elles se présenter devant la justice sénégalaise quand celle-ci jugera l’opportunité de rouvrir le dossier ? ‘La justice internationale et la justice française sont capables de juger cette affaire. Donc il n’y a pas de raison de se présenter devant la justice sénégalaise qui a enterré le dossier en son temps. En plus, sans dénigrer la justice sénégalaise, j’ai plus confiance en la justice française parce qu’il y a moins l’intervention de l’Etat qu’au Sénégal’, soutient Alain Verschatse.
Il faut rappeler qu’une vingtaine de familles de victimes françaises ont porté plainte pour que les responsabilités soient situées dans le naufrage du bateau Le Joola en septembre 2002. Depuis, avant d’être muté, le Juge d’instruction français, chargé du dossier, Jean Wilfried Noël, avait lancé neuf mandats d’arrêt internationaux après sa commission rogatoire qui a séjourné au Sénégal. Récemment, deux des neuf mandats ont été annulés alors que le Sénégal voulait l’annulation de la totalité. L’affaire est portée devant la Cour de Cassation de Paris qui doit statuer dans les prochains mois.
0 Commentaires
Participer à la Discussion