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La déesse, en l’occurrence, était mardi Pallavi Kulkarni alias ‘’Vaidehi’’, une jeune actrice de l’Inde qui, depuis quelques mois s’introduit par la magie de la télévision dans les foyers sénégalais, pour faire vivre à des femmes et hommes du pays de Ndiadiane Ndiaye ses déboires conjugaux à elle causés par un mari ‘’djasir’’ (impuissant) et des ‘’goro’’ (beaux-parents) désireux de garder secrète l’infirmité de leur rejeton. Puissants et riches, ils mettent tout leur pouvoir sur la balance afin de parvenir à leurs fins, au risque même d’attenter à la vie des femmes qu’ils trouvent à leur fils mais qui refusent de rester et s’évertuent à vendre la mèche. Ainsi en est-il de la belle ‘’Vaidehi’’…
Sa force de caractère à fuir le destin qu’on veut lui imposer auprès d’un eunuque émeut et rend sans doute sympathique l’actrice aux yeux des téléspectateurs de la 2STV. Sans compter sa fragilité apparente accentuée par une frimousse aux allures d’ange. Ce bout de femme arrivée mardi après-midi à Dakar a rendu réel le rêve de plusieurs Sénégalais qui les samedi et dimanche soirs, squattent leur poste téléviseur pour boire tout de ce qu’elle dit et fait. On le devinait, mais face à l’accueil ‘’phénoménal’’ comme le titre un quotidien de la place, les langues se sont déliées pour rendre compte de l’engouement suscité par ‘’Vaidehi’’.
Selon cette respectable dame, cela fait un bout de temps que les réunions familiales auxquelles elle assiste les week-ends sont tenues suivant l’heure de diffusion du film. ‘’Soit on commence tôt pour finir avant 20h30 et quand il y a des retardataires on renvoie le tout après +Vaidehi+. Mais il n’est pas question de rater la série’’. Peu emballé par la série, ce jeune célibataire n’organise pas moins ses fréquentations en fonction de la vie maritale mouvementée de la belle indienne. ‘’Vous savez, j’ai un ami qui ne reçoit presque pas à l’heure de +Vaidehi+. Et si vous persistez il ne se gêne pas pour vous dire qu’il n’est pas question de lui rendre visite car il suit le film hindou’’, dit-il dans un sourire avant d’ajouter : ‘’passe qu’il reste chez lui pour regarder, mais s’il lui arrive d’être chez moi à l’heure de +Vaidehi+ il me force à capter 2STV. C’est ainsi d’ailleurs que j’ai découvert sans en être accroc le film qui fait courir les Dakarois’’.
Cet autre homme est malheureux : amateur de football, il prend toujours en cours un match de la CAN dans la mesure où madame et les enfants lui confisquent les week-ends la télévision pour suivre ‘’Vaidehi’’. ‘’Heureusement que la CAN tire à sa fin, mais je me suis fait à l’idée de rater 15 à 20 minutes d’un match quand les deux éléments passent à la même heure’’, indique le pauvre chef de famille. Pendant ce temps, les fans se régalent en se laissant aller à un mimétisme forcené. Tout ou presque est baptisé ‘‘Vaidehi’’ par les teenagers ou les commerçants flairant par là un bon coup susceptible de doper leurs chiffres d’affaires. Ainsi, le tissu ‘’Vaidehi’’, de la soie perlée vendue sous différentes couleurs, a fait un tabac à Dakar lors de dernière fête de Tabaski. Le ganila et autres basin, très prisés jusqu’ici, ont eu du mal à se vendre face à ce nouveau tissu confectionné sous forme de sari, à la manière de celui porté par Pallavi Kurkani dans son film à succès.
En plus du vêtement, certaines Dakaroises ayant découvert l’esthétique du ‘’fudën’’ (henné) ont pour faire branché baptisé ‘’Vaidehi’’ les teintes qu’elles se sont faites à la main. Leur idole n’est pas tatouée bien que c’est une tradition hindoue, mais qu’importe les Dakaroises ne se refusent rien pour se rapprocher de la belle venue du pays de Mahatma Gandhi. A défaut de Lions à la CAN, on vibre pour ‘’Vaidehi’’ à l’heures des joutes d’Angola.
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