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Pourtant, à l’intérieur de Keur Serigne-bi, tout indique que le lieu a tourné le dos aux médicaments. Le décor a changé. Les tables qui y étaient jadis disposées avec leurs cartons de médicaments, laissent désormais la place à des nattes où se reposent des personnes venues d’horizons diverses. Qui pour attendre un parent, qui pour se reposer un peu avant le départ du bus de transport interurbain qui mène à la ville sainte de Touba. De l’autre côté, des personnes, d’un âge assez avancé, s’attèlent à la récitation du Coran et des poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba. D’autres, tout en observant les tractations des voyagistes qui opèrent à côté, égrènent leurs chapelets. Interpellé, un vieux, d’un ton très amer, nous balance : ‘Observez par vous-même, il n’y a plus de médicaments dans ce lieu à fortiori leur commerce’, souligne-t-il.
Néanmoins, le troc des produits pharmaceutiques se poursuit bel et bien aux alentours. Et cela se fait désormais à la manière des dealers. Il suffit de passer sur la route qui jouxte le lieu, de dire ce que l’on désire acquérir et de patienter quelques minutes pour que le produit soit déniché quelque part dans les environs. Dans cette nouvelle tactique des ambulants, le téléphone portable joue un rôle essentiel. En effet, dès que le rabatteur a connaissance de la commande, il appelle les fournisseurs qui confirment ou infirment la disponibilité du médicament. La chose est souvent plus simple lorsque l’acheteur détient par devers lui une ordonnance. Là, il vous la prenne et vous demande de patienter quelques instants. Puis, il débarque avec les produits enveloppés discrètement dans un sachet. Et loin des regards, encaisse tranquillement l’argent. Pas l’ombre du fournisseur dans la transaction. De peur d’être appréhendés par les forces de sécurité qui font la ronde de temps à autre, ces fournisseurs se sont recroquevillés dans leurs bunkers que seuls les affidés connaissent.
Pourtant, pour contraindre ces vendeurs à abandonner leur sale besogne, les autorités avaient pris d’importantes mesures, notamment en y dépêchant une légion de forces de sécurité qui faisaient le pied de grue devant Keur Serigne-bi pour décourager les trafiquants de médicaments. Mais depuis que ces éléments sont retournés dans leurs casernes, les choses ont repris, nous confie un habitué des lieux qui a souhaité garder l’anonymat. Des propos qui seront corroborés par un rabatteur à qui l’on a commandé des boîtes de vitamines C. pour ce dernier, même le fait d’installer une caserne devant Keur Serigne-bi n’empêchera pas la poursuite de ce commerce. ‘Rien ne peut nous empêcher de vendre des médicaments tant que nous ne trouverons pas autre chose. C’est notre gagne-pain. Les médicaments sont de très bonne qualité. Les Sénégalais ne sont pas dupes. S’ils y voyaient un danger, ils ne l’achèteraient plus’, déclare ce rabatteur, la trentaine bien sonnée.
Ainsi donc, la reprise d’un tel commerce illicite malgré, les interdictions formelles des autorités étatiques et religieuses, consacre la désobéissance et la défiance de ces vendeurs qui constituent un grand danger pour la santé publique. Reste à voir si l’autorité fera valoir sa force légale pour les en dissuader pour de bon.
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