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Le pouvoir est favorable au financement des partis politiques sur les deniers de l'État, à en croire Babacar Gaye, porte-parole des libéraux, qui alerte sur le risque «de laisser les partis politiques à la merci des lobbies et des forces financières ». Le Président du Conseil régional de Kaffrine n'en précise pas moins qu'il faudrait quand même des préalables » Entretien.
Comment expliquez-vous le fait que, contrairement à certains pays africains, le financement des partis politiques ne soit pas encore une réalité au Sénégal ?
Une démocratie a son coût. C'est pourquoi nous, en tant que libéraux, nous avons toujours pensé que, pour assainir le milieu politique, l'État doit aider les partis politiques à fonctionner et à échapper à des tentations. D'abord, il y a une contrainte légale et réglementaire concernant le financement des partis politiques qui n'ont pas le droit de recevoir des ressources d'origine étrangère. Cela suppose que, pour fonctionner, les partis politiques, qui sont des associations, ne doivent compter que sur la cotisation de leurs membres. Et peut-être, dans de rares cas, sur les dons et legs. Mais, ce n'est pas le cas. Ce ne sont pas les cotisations ou la vente des cartes qui permettent aux partis politiques de fonctionner correctement, de préparer les élections avec efficience et de mener des campagnes électorales. Donc, comme il est inscrit dans la Constitution que les partis politiques concourent à l'expression du suffrage il est du devoir de l'État du Sénégal de s'organiser pour les financer. Quand Me Wade a été élu en 2000, il a relancé la question. Il a demandé à ce que la réflexion se poursuive. Il a invité l'opposition à faire des propositions dans ce sens. Malheureusement, on a pensé que, c'est parce que nous voulions trouver les moyens de financer notre parti qui était majoritaire à l'Assemblée nationale, qu'on a réchauffé cette conviction que nous avions depuis l'opposition. Que nenni.
Ne pensez-vous pas qu'il est temps que l'État finance les partis politiques ?
Pour mettre de l'ordre dans cet environnement, il est temps d'essayer d'abord de laisser le système démocratique faire une sélection naturelle, pour que nous puissions ensemble voir dans quelle mesure nous pouvons utiliser les deniers de l'État pour aider les partis politiques à fonctionner correctement. Cela suppose beaucoup de choses. Quels partis politiques subventionner ? Est-ce que c'est les partis politiques représentés dans les institutions ou tout parti politique ? Pour être raisonnable, on devrait partir de la représentativité des partis politiques et leur limiter un seuil minimal de représentativité qui serait peut-être autour de 5%, pour élaborer un mécanisme de financement contrôlé par les structures de l'État. Si on n'y prend garde, nous risquons de laisser les partis politiques à la merci des lobbies, des forces financières, qui peuvent être internes comme externes. Et cela n'est pas quelque chose de bon pour notre système démocratique et notre indépendance nationale. Si les partis politiques sont financés de manière équitable, la démocratie ne s'en porterait que mieux. Nous sommes favorables au financement des partis politiques sur les deniers de l'État, mais pour le faire, il faudrait quand même des préalables.
Quels sont ces préalables ?
Premièrement, que ces partis politiques aillent en Congrès, qu'ils soient organisés. Que les dirigeants de ces partis soient reconnus comme tels. Deuxièmement, qu'on organise les élections de représentativité comme on le fait dans les syndicats. Que les partis présents a l’Assemblée nationales ou dans certains institutions puissent bénéficier de l’appui de l’Etat en fonction de leur taille.
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