DAKAR (AFP) - Le président sénégalais Abdoulaye Wade, 80 ans, à peine réélu pour un mandat de cinq ans, a évoqué la course à sa succession en affirmant n'avoir pas encore fait son choix tout en excluant d'ores-et-déjà son ancien Premier ministre et ancien "dauphin" pressenti Idrissa Seck.
Je n'ai plus le temps, le choix se restreint mais je n'ai pas encore choisi", a déclaré le chef de l'Etat interrogé sur le nom et le profil de son successeur, lors d'une conférence de presse jeudi soir à Dakar, une heure après la proclamation des résultats de l'élection présidentielle du 25 février.
"En tout état de cause, ce n'est pas Idrissa Seck. Ce n'est pas lui. J'ai rompu avec lui définitivement. Nous nous retrouverons devant Dieu", a-t-il ajouté.
Evoluant du statut envié de "dauphin" à une disgrâce brutale, M. Seck, 47 ans, est récemment passé dans l'opposition et s'est présenté à la présidentielle contre son ex-mentor, décrochant la deuxième position, avec près de 15% des voix.
"On est dans un Etat démocratique. Il est indécent qu'il (M. Wade) dise qu'il va fabriquer son successeur, comme s'il était un monarque", a estimé à l'AFP le journaliste sénégalais Abdou Latif Coulibaly, auteur d'un ouvrage très critique sur le régime Wade, "Une démocratie prise en otage par ses élites".
"Si on veut garder notre démocratie, il faut que personne ne puisse désigner celui qui va lui succéder", a-t-il insisté.
Au contraire, le président Wade a dressé à très grands traits le portrait de son successeur: "son profil, c'est quelqu'un comme moi, qui travaille beaucoup, intelligent, qui écoute les populations, qui a de très bonnes relations internationales, qui est représentatif".
"J'ai une sorte de lanterne qui va de l'un à l'autre mais je n'ai pas encore choisi", a poursuivi, en souriant, le président Wade, surnommé "Ndioombor" ("le lièvre" en langue wolof) en raison de son habilité politique, peaufinée par 26 années d'opposition avant son accession au pouvoir.
"Il est dans une logique de demi-mandat. Il mets les bouchées doubles. Il engage une course contre la montre et est en train de peaufiner sa succession", a souligné à l'AFP le journaliste et politologue Babacar Justin Ndiaye, soulignant "son âge avancé".
De nombreux observateurs ont noté que le chef de l'Etat avait, à plusieurs reprises et spontanément, pris la défense de son fils Karim, dont le nom est mentionné par la presse dans des affaires de corruption présumées.
"Mon fils n'est dans aucun poste où il a affaire directement avec l'argent. Sauf peut-être, la direction de l'Agence nationale de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), qui n'est pas prévue pour durer dans le temps", a-t-il assuré.
"Les rumeurs (sur les affaires de corruption) viennent principalement de M. Seck, parce qu'il a la conviction que je veux mettre mon fils au pouvoir. Il dit que Karim, c'est le fils naturel et lui le fils adoptif", a-t-il insisté.
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