Tamale : Trois Can à son actif en tant que joueur (1986 en Egypte, 1990 en Algérie et 1992 au Sénégal) ; et déjà deux comme membre de l’encadrement technique des « Lions » (co-entraîneur avec Boubacar Sarr Locotte en 1994 en Tunisie et adjoint de Bruno Metsu en 2002 au Mali) ! Pour sa sixième présence au cœur de la plus grande compétition sportive africaine, cette année au Ghana, Jules François Bocandé a assez d’expérience(s) pour juger et comparer. Et pour lui, il n’y a pas photo. « Actuellement, on ne demande aux joueurs qu’à jouer. Ils ont tout ce qu’il faut : un encadrement professionnel, tous les moyens dégagés par l’Etat jusqu’à l’avion présidentiel, l’environnement. Tout, absolument tout est nickel pour eux. C’est pourquoi je ne cesse de leur répéter que le minimum pour eux, c’est de disputer la finale », clame l’ancien meilleur buteur du championnat de France sous les couleurs du FC Metz, en 1986.
« De notre temps, se remémore-t-il, on n’avait pas la même organisation autour de l’équipe. Loin de là ! C’est pourquoi, on n’avait jamais réussi à aller au-delà des demi-finales », en 1990 en Algérie. Car, Bocandé estime qu’en valeur intrinsèque, ceux de sa génération n’avaient rien à envier aux joueurs actuels. « Nous avions un très bon niveau. En 1986, comme en 1990 et en 1992, on avait une équipe pour remporter la coupe. Mais c’est cet environnement pro qui nous faisait défaut », regrette-t-il. Et à voire ses jeunes « héritiers » jouer et surtout rater certaines occasions de but, l’ex terreur des défenses et des gardiens de but adverses ne peut s’empêcher d’avoir des pincements au cœur. « Parfois, je me dis : si je pouvais recommencer ! »
Puisqu’il n’est pas possible de réécrire l’histoire, Jules Bocandé lit l’actualité et vit avec son temps. Même s’il ne peut s’empêcher de faire quelques comparaisons. « La compétition a beaucoup évolué. Avec nous, l’essentiel des équipes était constitué de joueurs locaux. Aujourd’hui, la tendance est complètement inversée avec des contingents de joueurs pro évoluant dans les plus grands clubs européens. Ce qui se ressent forcément sur la qualité du jeu produit », analyse-t-il. Il n’en veut pour preuve que le match d’ouverture de dimanche dernier entre le Ghana et la Guinée. Seul bémol à son appréciation : « la qualité de la pelouse qui m’a semblé un peu haute. La balle avait du mal à rouler ». Sinon, rien à dire entre deux bonnes équipes, même si le chargé de mission de Kasperczak a trouvé que « le Ghana était meilleur ».
Et Jules Bocandé espère bien que ses « successeurs » s’inspireront de ce match d’ouverture et qu’ils donneront tout ce qu’ils ont dans le ventre. « En tout cas, l’équipe est prête ; elle s’est bien préparée à Ouagadougou. Les joueurs sont bien concentrés sur leur sujet » ; mais il se veut prudent « attendons d’abord de voir jouer l’équipe pour savoir où elle en est exactement ». Pour l’heure, les « Lions » tentent de s’adapter à leur nouvelle tanière, à la nouvelle résidence universitaire de Tamale. « Bien sûr que ce n’est pas un cinq étoiles. Mais si les Tunisiens s’y adaptent pourquoi pas nous ? », s’interroge-t-il. Tanière pour « Lions » et en même temps aire pour « Aigles de Carthage » ! Bocandé qui, avec Cheikh Seck, son ancien coéquipier en sélection nationale et actuel vice président de la FSF, avait devancé l’équipe à Tamale pour jouer les éclaireurs, regrette juste cette cohabitation qui peut être source de tension. Et de lancer un appel à la CAF : « il faut à l’avenir qu’elle verse une certaine somme d’argent à chaque équipe, à charge pour chacune de se débrouiller pour trouver où se loger ». En attendant, il faut gérer la situation et la compétition. Et ses joueurs n’ont pas à trop se plaindre. S’adapter, faire face et surtout « au moins la finale à défaut du trophée », c’est ce que « Boc » attend d’eux. « Si seulement je pouvais avoir une vingtaine d’années de moins... », lâche-t-il en s’éloignant.
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