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C’est que Guillaume Soro ne s’est jamais montré enchanté par cette visite du président Wade en Côte d’Ivoire depuis qu’elle avait été annoncée par le président Laurent Gbagbo. «J’ai invité le président Wade à venir à Abidjan. Je lui ai dit de venir parler aux uns et autres, à moi-même, pour que la Côte d’Ivoire sorte de la situation de crise qu’elle connaît», avait déclaré Laurent Gbagbo qui venait d’être reçu ici à Dakar par son homologue sénégalais. Cette complicité née entre les présidents Gbagbo et Wade n’est guère pour rassurer le Premier ministre ivoirien Guillaume Soro.
En effet, aussi bien du côté du président Laurent Gbagbo que du côté de son proche entourage, on s’est rendu compte que la médiation de Blaise Compaoré, le président burkinabé, avait des limites. Les Forces nouvelles ne sont toujours pas désarmées, comme le prévoyaient les accords de Ouagadougou. D’ailleurs Charles Blé Goudé, le leader des Jeunes patriotes, n’a pas manqué dernièrement, au cours d’un meeting tenu à Abidjan, de s’en prendre violemment à Guillaume Soro. Le leader des Jeunes patriotes, qui est une sorte de bras armé de Gbagbo, n’avait pas manqué d’interpeller Guillaume Soro pour savoir à quel jeu se livre ce dernier. Allant même jusqu’à lui demander de démissionner de son poste de Premier ministre, s’il ne peut pas désarmer ses éléments au sein des Forces nouvelles.
Guillaume Soro a toujours clamé que le désarmement des Forces nouvelles ne se fera qu’après l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire. Ce que Gbagbo et ses partisans ne veulent pas entendre. Craignant que le président Wade ne se mêle de la question et lui demande d’accepter le désarmement de ses troupes, Guillaume Soro a préféré lui réserver un accueil glacial. D’ailleurs «Nord Sud Quotidien», un journal ivoirien, dans sa parution du mercredi 21 avril, notait : «les rapports entre Abdoulaye Wade et Guillaume Soro ne seraient plus au beau fixe. La venue du chef de l’Etat sénégalais à Abidjan, au moment où l’Accord de Ouaga bloque sur l’épineuse question du désarmement des ex-combattants rebelles, n’est donc pas de nature à rassurer Soro et ses hommes. Les anciens rebelles ivoiriens et leur chef craignent, en effet, de voir stopper net la médiation burkinabè - à laquelle ils restent très attachés pour diverses raisons - au profit d’un nouveau cadre de règlement de la crise ivoirienne que proposerait le président sénégalais à son homologue ivoirien.»
Entre Abdoulaye Wade et Guillaume Soro, la nature des relations a bien changé. Il est bien loin le temps où Guillaume Soro et des rebelles ivoiriens des Forces nouvelles se promenaient tranquillement dans les rues de Dakar, pouvaient prendre des costumes à Amy Boutique à la solde de l’Etat sénégalais. D’ailleurs, c’est à cette époque que les relations entre Laurent Gbagbo et Abdoulaye Wade avaient connu un coup d’arrêt. Laurent Gbagbo n’avait guère apprécié de voir Guillaume Soro se faire délivrer un passeport diplomatique sénégalais. Question : Me Wade a-t-il troqué Soro contre Gbagbo ?
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