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Les daaras et autres internats où l’on enseigne le Coran et la culture islamique ne nourrissent pas les hommes qui les dirigent. La prise en charge d’un local varie entre 150 000 F et 350 000 F Cfa, selon les résultats d’une enquête dans ce sens, publiés hier à la Ligue islamique mondiale, lors d’un forum organisé par l’Association des éducateurs islamiques du Sénégal Mafatihoul Bisri autour du thème : ‘L’Enseignement coranique et ses modes de fonctionnement’. Cela, ajoutent les panélistes, compte non tenu de la prise en charge sanitaire et alimentaire des élèves, dont les parents n’ont souvent pas les moyens, malgré leur désir, de faire suivre à leurs enfants un enseignement coranique. Une situation qui oblige les acteurs de ce secteur à réclamer une partie des 40 % du budget national alloué à l’Education.
Selon le président de l’Association Mafatihoul Bisri, Dr Abdoul Ahad Sankhé, il ne faudrait pas que le gouvernement s’en tienne seulement aux discours. Il demande aux autorités, précisément au ministre Kalidou Diallo, d’agir concrètement sur le terrain, en s’engageant dans la prise en charge efficace et efficiente des problèmes fondamentaux de l’heure auxquels sont confrontés les daaras. Encore, faudrait-il, à ses yeux, que le ministre de l’Education effectue une descente au niveau des différents établissements coraniques disséminés sur l’ensemble du territoire national. Lui emboîtant le pas, le directeur de la Ligue islamique mondiale, Ismaïla Dème, estime que cette prise en charge doit être réelle et non politique. Cela, renchérit-il, par le recrutement d’enseignants et la recherche de soutiens extérieurs.
Mamadou Lamine Sarr a, quant à lui, axé la réflexion sur le respect par l’Etat de la sensibilité majoritaire, dans la mesure où le Sénégal est un pays laïc avec 95 % de musulmans. ‘En démocratie, c’est la majorité qui l’emporte. Donc, le ministère de l’Education doit consacrer une grosse part à l’enseignement islamique’, argument M. Sarr. A son avis, il ne faut pas se voiler la face. ‘Certains Sénégalais musulmans nantis ont une attitude mesquine lorsqu’ils préfèrent envoyer leurs enfants dans les écoles catholiques où ils ne peuvent espérer ni un enseignement ni une culture islamique’, peste le panéliste. Comme pour l’appuyer, Mamadou Ngom, titulaire d’une licence en sociologie, paraphrase ce penseur qui estime que ‘le peuple ne mérite que ses dirigeants’. Pour lui, si le ministère de l’Education ne s’intéresse pas aux daaras, c’est parce que les Sénégalais eux-mêmes ne s’intéressent pas à ce secteur. Aujourd’hui, fait-il remarquer, ‘les catholiques, de par leur droiture et leur esprit de solidarité, devancent de loin les musulmans dans les œuvres caritatives’. C’est ainsi qu’il invite ses collègues à une meilleure organisation des daaras et internats afin, dit-il, de trouver un interlocuteur valable pour le ministère de l’Education.
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