Proverbe africain
Les Mandingues disent que la mort peut tout faire disparaître sauf les bonnes actions sur terre. Ils ajoutent que les bonnes actions sont toujours racontées. Il est vrai que la maxime mouride stipule : « est bon, ce qui peut être raconté ».
Je me souviens encore comme si c’était hier de cette longue conversation que j’avais eue avec la grande soeur Rose Dieng, notre référence au Lycée Van Vollenhoven devenu Lamine Guèye, un jour de septembre 1982 dans le RER entre Orsay et Luxembourg à Paris (France). Je lui expliquais que j’allais faire mon école d’application à l’Ecole des Mines de Paris pour me spécialiser dans les mines. J’espérais ainsi pourvoir rentrer au Sénégal et participer à l’exploitation minière du fer du Sénégal-Oriental.
La camarade Rose avait ce don des grands génies : vous écouter attentivement, vous aider à bien formuler la question qui vous préoccupe et vous proposer des pistes de solution. Elle avait procédé ainsi avec moi et fini par me conseiller de ne pas m’enfermer dans une seule option. C’est ainsi que plus tard, j’ai décidé de faire de l’économie. C’est par ce biais que je suis revenu en Afrique à travers ces détours qui font le charme de l’Histoire.
Je me suis demandé après avoir accusé le « big bang » de l’annonce de son décès, pourquoi ses parents lui avaient donné le nom de Rose. Parce que la rose est belle, il lui sera difficile d’être éternelle. Tout est question de perception certes. L’éternité s’acquiert aussi dans les bonnes actions. De ce point de vue, Rose Dieng s’est acquittée de son devoir et a résolu cette apparente contradiction. Ses qualités scientifiques et intellectuelles sont une évidence pour nous. Il est bien vrai que toute évidence mérite d’être niée Aussi n’est-il pas superflu dans ce pays où le discours creux et la médiocrité sont valorisées de rappeler ses onze livres et sa centaine de publications scientifiques. Mais c’est surtout parce que on ne peut pas améliorer le sort des populations africaines sans la science et la technologie que l’action de Rose prend tout son sens dans cette période de révolution numérique.
Les élites rentières africaines, je le rappelle toujours, n’aiment la science que par ses commodités : voitures, avions, dialyses et autres opérations chirurgicales, mais ont horreur de l’esprit scientifique. Cet esprit scientifique exige humilité, discipline et organisation, sachant que l’expérience est le seul critère de vérité. Cet esprit scientifique doit pénétrer les populations sénégalaises, en particulier les citoyens et les élites si l’on veut développer le Sénégal pour faire court. Rose Dieng est un modèle qui doit être connu par les jeunes de ce pays et d’Afrique. Je propose qu’un documentaire soit fait sur sa vie et son oeuvre pour être diffusé et enseigné aux enfants. Le Sénégal a besoin d’autres références à côté des El Hadji Diouf et autres vedettes.
Il va de soi qu’une institution de référence, digne de son rang africain et mondial, portera le nom de Rose Dieng au Sénégal, tôt ou tard. Mieux vaut tôt bien sûr, « hic et nunc » dirait-on dans cette langue que tu aimais tant. Que pour commencer, un Prix Rose Dieng soit décerné chaque année au concours général par exemple ne serait que justice pour cette grande dame africaine, cette illustre scientifique que son pays a reconnu malheureusement sur le tard, après la France hélas.
En attendant, l’Histoire a déjà enregistré pour l’éternel ses bonnes actions pour l’humanité et les populations africaines. Adieu Rose et merci pour tout.
Par Mamadou Lamine Diallo Ancien élève de l’Ecole Polytechnique de Paris Ancien élève de l’Ecole des Mines de Paris - Docteur en Economie -Auteur des livres : « Les Africains sauveront-ils l’Afrique ? Et Le Sénégal : un Lion économique ?
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