Accusé d’assassinat, Thierno Badiane, maçon demeurant à Ndindy, devra encore attendre d’être fixé sur son sort. La Cour d’assises de Saint-Louis a décidé de le renvoyer devant le juge d’instruction du tribunal régional de Diourbel pour expertise médicale.
SAINT-LOUIS - Un accusé sujet à des cauchemars qui le poussent à tuer, ce n’est pas monnaie courante en Cour d’assises. Le maçon Thierno Badiane, âgé de 36 ans, demeurant à Touba, se dit « possédé » par des djinns. Et pour « sauver sa peau », il n’a rien trouvé de mieux que de s’armer d’un couteau et d’aller attendre Mbène Cissé, la femme de son frère, devant sa porte et lui porter, par surprise, un coup fatal. Les faits remontent au 20 novembre 2006. Les éléments de la brigade spéciale de Touba, informés que la dame Mbène Cissé, âgée de 27 ans et demeurant au quartier Darou Salam, avait été mortellement blessé par arme blanche, se sont rendus sur les lieux et ont trouvé le corps sans vie de la victime, couchée sur le dos avec une entaille à l’omoplate gauche. Le certificat de genre de mort établi a fait état d’une entaille longitudinale de 15 centimètres, profonde, avec atteinte pariétale et viscérale du poumon et du cœur, qui a poussé à la conclusion d’une mort suite à une hémorragie causée par une arme blanche. Il ressortait, après des renseignements recueillis sur place, que l’auteur des faits est Thierno Badiane. La mère et les deux épouses du mis en cause ont confirmé que c’était bien ce dernier l’auteur du crime.
Thierno Badiane lui-même, s’étant rendu à la brigade de gendarmerie, avait reconnu les faits, tout en précisant ne pas jouir de ses facultés mentales. Il avait, à cet effet, expliqué être sujet à des cauchemars dans lesquels il voyait la victime et sa mère, Ndiagne Cissé, s’acharner sur lui. C’est donc après une certaine amélioration suite à un traitement traditionnel que son mal avait repris dans le courant de la semaine. Craignant pour sa vie, il s’était armé d’un couteau pour poignarder sa victime.
Folie passagère ?
A la barre du tribunal, Thierno Badiane est encore revenu sur les faits, reconnaissant avoir bel et bien « assassiné » Mbène Cissé à l’aide d’une arme blanche. Répondant aux questions de la présidente, Thierno Badiane a affirmé avoir commis son acte au moment d’une folie passagère, arguant qu’il avait fait un cauchemar dans lequel il aurait vu la victime et sa mère lui arracher le cœur. Et c’est pour ne pas voir ce dessein se transformer en réalité qu’il a commis ce drame. Durant tout l’interrogatoire, Thierno Badiane n’a pas varié d’un pouce dans ses déclarations. Il n’a pas cessé de justifier son acte par une folie passagère. L’insistance de ce dernier sur sa folie comme moyen de défense a poussé nombre d’observateurs à se demander si Thierno Badiane n’était pas réellement « fou ». Mais, cette folie « passagère » a été battue en brèche par ses propres épouses et aussi sa propre mère Seyni Diagne. Devant la barre, cette dernière a déclaré n’avoir jamais été au courant d’un tel problème de folie, précisant, que son fils n’a été malade que du temps de son enfance. Pis, elle a déclaré que son fils, qui était polygame, n’a jamais passé une nuit dans sa chambre du temps de sa « maladie », qu’elle ignore d’ailleurs. Tous les témoins ont ramé à contre courant de cette thèse.
Le ministère public et la défense ont buté sur cette question de la « folie » de Thierno Badiane. Après observation, la Cour a décidé de le renvoyer devant le juge d’instruction du tribunal régional de Diourbel pour expertise médicale.
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