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Cependant, elle n’est pas la seule qui pourrait disqualifier M. Sy. En effet, nous voilà avec un ministre de l’Intérieur dont le fils a la charge de la carte électorale du parti au pouvoir. Thierno Ousmane Sy, pour ne pas le nommer, a eu à jouer un grand rôle, dit-on, dans la ‘brillante’ victoire de Me Wade dont il est le conseiller en charge des Nouvelles technologies de l’information et de la communication. Au lendemain de la présidentielle, Sy-fils confiait, en s’en glorifiant, à un journaliste étranger que si Me Wade a pu passer haut la main dès le premier tour de la présidentielle, c’est grâce à la maîtrise et à la haute main qu’il avait sur le fichier électoral. En droit des affaires, on aurait parlé de délit d’initié. Aujourd’hui que le père du conseiller Ntic de Wade, un des responsables de premier plan du Pds, a la gestion du fichier, qui pourrait faire croire que ce dernier ne va pas en jouir comme il voudra ?
Pour sûr, c’est Wade-fils qui va jubiler de cette montée en puissance du conseiller en Ntic du président de la République qui, rappelons-le, a été témoin à son mariage. Lui dont l’ambition présidentielle est de plus en plus claire peut s’enorgueillir d’avoir à son service quelqu’un qui pourrait lui faire une lecture claire du maillage politique du pays. On ne serait pas surpris que le même travail effectué pour le compte Me Wade et le Pds par l’informaticien, le soit ultérieurement pour la tête de file de la ‘Génération du concret’ lorsque ce dernier se décidera définitivement à jeter le masque.
D’ailleurs, de source proche de l’entourage présidentiel, l’on confie que c’est pour davantage baliser le terrain à Karim Wade que Ousmane Ngom a été déplumé. L’ex-ministre de l’intérieur est, aujourd’hui, plus près de la porte de sortie, pour ne pas gêner le passage au candidat virtuel, qu’au cœur du système. Après avoir loyalement servi le Maître, il pourrait être remercié comme l’ont été d’autres fils spirituels, en l’occurrence Idrissa Seck et Macky Sall pour laisser la place au fils biologique.
En tout cas, nombreux sont les observateurs politiques qui continuent de se demander le mobile profond de la nomination de Cheikh Tidiane Sy à la Place Washington. Pourquoi le choix du président de la République s’est-il porté sur le ci-devant ministre de la Justice ? Veut-il donner un signe d’apaisement vis-à-vis d’une opposition très intransigeante sur la question du fichier électoral que l’ex-Secrétaire général du Parti libéral sénégalais a été incapable de régler ? Dans ce cas, le tout nouveau ministre de l’Intérieur a-t-il le profil pour gérer la question électorale ? Rien n’est moins sûr. A moins d’être dans une République bananière, le ministère de l’Intérieur est connu pour être l’un des départements les moins politiques parce que devant, dans le cas du Sénégal, arbitrer le contentieux électoral. Dès lors, son patron est tenu d’être à équidistance des partis politiques. Par le passé, l’actuel président de la République, alors farouche opposant du régime socialiste, en avait fait son cheval de bataille. Un combat qui n’a, d’ailleurs, pas été vain puisque Me Wade parviendra à imposer au président Diouf, des ministres de l’Intérieur apolitiques, de surcroît, des Généraux de l’Armée. Pour des raisons qui lui sont propres, lui, Wade, s’interdit de franchir le rubicond et d’accéder à l’exigence de ses adversaires politiques qui veulent que soit ‘neutralisé’ le ministère de l’Intérieur. A défaut d’avoir cet homme-providence dont l’indépendance ne souffre d’aucun doute et capable de gérer, sans parti-pris, les élections et épargner à notre pays des troubles post-électoraux porteurs de tous les dangers, il sied, au moins, de trouver quelqu’un qui a une haute idée du respect des règles républicaines.
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