Le Wolof serait-il un spécimen unique au Sénégal? Il parle fort et se répand avec une telle exubérance qu'il donne l'impression du plus grand nombre dans "son" pays où il traite presque avec mépris toute autre ethnie vivant sur le territoire national. Les autres races du continent, à part la blanche, manquent de « civilisation » à ses yeux.
Selon les dictionnaires que j’ai eu la curiosité de consulter, une interjection exprime un sentiment, un ordre ou une émotion. D’où ma stupeur de déceler qu’en wolof, l’interjection « ñaw » esquisse également le portrait voire la personnalité de son usager. Autre détail intéressant est qu’après enquête auprès de jeunes amis sérère, hal pular, socé, le mot n’aurait pas d’équivalent dans leur langue.
Fiel, malfaisance, animosité, opprobre étant ses principales sources d’incubation, Ñaw fermente dans la rancune et point ne frelate ou s’édulcore ; c’est l’approbation tacite de l’acte que l’impuissance, l’apathie ou la lâcheté empêchent de commettre soi-même. Son titrage oscille du simple tournis au tort boyaux qui donna des envies de meurtre à la canaille liberticide de Chicago.
Commençons par les faibles teneurs. Le polisson jouant des tours espiègles aux personnes âgées et qui se fait bouter l’arrière- train par le bélier de la maison…Ñaw-« bien fait pour le vilain. » Valable pour le vaniteux sur le crâne duquel vient de déféquer un oiseau de passage. Le footballeur étranger se fait ramasser les guiboles à quelques mètres du portier national…Ñaw de soulagement s’arrache des tripes.
Ça se corse un peu plus chez les coépouses lorsque le bijou « attrape cœur » de l’une lui est arraché dans la cohue du marché ou bien à la descente du bus : ñaw ! Une cheville foulée n’eût pas été de trop…Cette chipie !
Il arrive, exceptionnellement, que ñaw- fiel s’enrobe de miel-compliment, pour assurer Partner in crime que sa toilette sera une réplique assassine à l’hostilité de la future belle famille… Ñaw ! « Ni rek la…Dóor te sa loxo du laal » Taper, sans avoir l’air d’y toucher…
La teneur monte de plusieurs degrés quand, par homonomie ou extension, le mot devient adjectif, dans le sens de tranchant, pointu, acéré pour l’objet qui sert à couper et piquer. Là, il ne s’agit plus seulement de mouvements d’humeur ; se profilent des caractères : du petit méchant au salaud intégral en passant par la brute et le cynique.
Le couperet du juge s’abat-il sur l’infortuné journaliste ? Voilà que ricanent des confrères ombrageux transformés en dard pointu : « ñaw ! On lui avait dit de faire gaffe… »
En général, le sens d’une interjection varie avec le contexte. Ñaw ne souffre d’aucune ambigüité ; c’est incisif comme une machette, hostile, perfide, et haineux. Aucune commisération ! Pas même sur le corps calciné du détrousseur de mosquées électrocuté en plein dévissage d’ampoules bénites.
Les habitants de cette baraque jouxtant un bâtiment à étage se plaignent que leur toiture serve de dépotoir à ceux d’en haut tandis que ces derniers fulminent d’avoir leur panorama visuel spolié par les hardes pendues sur du fil à linge. Sans parler des eaux usées qui dégringolent des gouttières ou se répandent sur les pas de portes sinon des rats dont on s’accuse réciproquement l’invasion. De chaque côté, les rancœurs s’accumulent et se figent. Si le diable s’en mêle en culbutant le galopin qui jette ses peaux de banane dans la courette de sable, luxe tamisé de la baraque…Ñaw ! On savait que tôt ou tard…
Pénuries et cherté des denrées de première nécessité engendrent beaucoup d’irascibles. Ñaw fuse de partout avec une cécité incendiaire vengeresse dont l’une des premières victimes fût ce ministre chassé du gouvernement pour avoir commis l’imprudence de soûler par ses provocations tout un peuple, en même temps.
- Ñaw ! Pontifient, sur le Net, des kambelistes qui concluent à la justice divine dans l’accident mortel des bodyguards en service commandé.
Ah, ces Wolofs…
Calmez-vous, je ne suis qu’un taquin de métis ethno culturel.
Amadou Gueye Ngom
Critique social
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