L’audition à la Brigade des affaires générales (Bag) de la Dic, sise au Bloc des madeleines de l’administrateur général du Groupe avenir communication a été rythmé d’échanges heurtés par moments. Pour Madiambal Diagne, son confrère Abdou Latif Coulibaly ne doit pas être l’objet de poursuites en lieu et place des auteurs du «pillage» de la Lonase. Il se dit déterminé à dénoncer toute autorité qui se débine par rapport à ses responsabilités. Temps forts d’un face-à-face.
Madiambal Diagne persiste et signe. Devant les enquêteurs de la Division des investigations criminelles (Dic), l’administrateur du Groupe avenir communication a confirmé ses propos au sujet d’une possible inculpation du journaliste-écrivain Abdou Latif Coulibaly, lors d’une prochaine convocation. «Je leur ai dis que je confirme avoir effectivement dit au cours de l’émission Remue-ménage (Ndlr : de la Rfm diffusée dimanche dernier) que, selon certaines informations, le journaliste Abdou Latif Coulibaly devrait être inculpé par le Doyen des juges d’instruction pour recel de documents administratifs et que le Parquet de Dakar aurait requis un mandat de dépôt contre lui», avance Madiambal Diagne, en conférence de presse dans les locaux du Groupe Futurs médias, quelques instants après sa sortie des bureaux de la Brigade des affaires générales (Bag), un des démembrements de la Dic logé au Bloc des Madeleines où il était entendu hier matin. Mieux, affirme-t-il : «J’ai ajouté à cela que si l’information se confirmait, ce serait un précédent grave, dangereux et inacceptable.»
«LATIF N’A PAS SA PLACE EN PRISON NI DEVANT UN JUGE»
Sa conviction demeure toujours qu’«on ne poursuit pas Abdou Latif Coulibaly pour avoir donné de fausses informations, on ne le poursuit pas pour avoir produit de fausses preuves, mais on le poursuit pour avoir dit la vérité, pour avoir dénoncé des malversations portant sur des dizaines de milliards dont le contribuable sénégalais a été délesté et que les auteurs de ces malversations se pavanent. Ce n’est donc pas à Abdou Latif Coulibaly de répondre à la Justice, mais aux voleurs». M. Diagne n’hésitera d’ailleurs pas, suite à une question des enquêteurs lui demandant de désigner les coupables, de citer Baïla Wane (directeur général de la Lonase) et ses complices. Cela, dans la mesure où «suite à une dénonciation de Abdou Latif Coulibaly, la Commission (nationale) de lutte contre la corruption a enquêté et entendu les différentes parties et a produit un rapport destiné au président de la République pour demander l’ouverture d’une procédure pénale contre Baïla Wane et ses complices». Et Madiambal Diagne de s’indigner qu’«il est aberrant que ce ne sont pas les auteurs de ce pillage d’un patrimoine public qui sont poursuivis, mais celui qui les aurait dénoncés».
Sur ce, on lui fait remarquer que le procureur de la République n’a pas ouvert une information judiciaire concernant Abdou Latif Coulibaly. Qu’à cela ne tienne, «que ce soit le procureur qui est à l’initiative des poursuites ou une partie civile, des poursuites pèsent sur le journaliste-écrivain, qui n’a pas sa place ni en prison ni devant un juge», parce que ce sont plutôt les auteurs de malversations qui doivent répondre de leurs actes et non celui qui les dénoncent. Ce qui n’a pas manqué de faire croire aux limiers de la Dic que Madiambal défendait l’ancien directeur de la radio Sud Fm. La réponse est tombée nette : «C’est un confrère pour lequel j’ai beaucoup d’estime et beaucoup de respect. C’est quelqu’un qui a fait un travail professionnel très fouillé, digne d’admiration et qui reste inflexible par rapport à des positions de principe qu’il a eu à défendre.» Le patron du Groupe avenir communication «assume» donc son soutien à Abdou Latif Coulibaly.
Si l’on en croit toujours Madiambal Diagne, les enquêteurs n’avaient cessé de se référer à la hiérarchie. Il affirme, en effet, que «pendant que j’étais entendu, les concertations au téléphone avec une certaine hiérarchie -je ne sais pas policière ou judiciaire- n’ont pas manqué».
«UN PROCUREUR A LA PLACE D’UN INSPECTEUR DE POLICE»
Quant à l’ambiance qui a prévalu au cours de l’audition, elle a été émaillée de «quelques heurts et accrochages». A l’origine, l’administrateur du Groupe avenir communication a voulu rappeler à ses interlocuteurs les règles élémentaires de leur métier en les invitant, en même temps que le procureur qui, manifestement n’a pas suivi ses déclarations à la radio dimanche dernier, «à aller réécouter l’émission avant de l’interroger». Ce que, d’ailleurs, les policiers de la Dic n’auraient pas voulu mentionner dans le procès-verbal final d’audition. «Je leur ai signifié que c’était mon droit le plus absolu de faire figurer ce que je veux faire figurer dans un procès-verbal», a-t-il réagi avant de leur lâcher : «Autrement, je ne signe pas. Car, ce sont mes déclarations, que ça plaise ou pas».
Autre instant de polémique, c’est «quand un des enquêteur s’est permis une sortie par rapport à la vérification des informations, les menaces de trouble à l’ordre public, le discrédit des institutions, etc.» sur le coup, le journaliste n’a pas réagi, attendant que le limier termine sa leçon avant de dire toute sa désolation «d’avoir l’impression que c’est un procureur qui requiert à sa charge plutôt qu’un inspecteur de police». Une déclaration vexante qu’il a tenue aussi à faire figurer dans le procès-verbal qui aurait d’ailleurs mis du temps à être confectionné pour cause de «matériel rudimentaire» qui aurait fait traîner les choses.
Tout rentrera finalement dans l’ordre et Madiambal Diagne a pu quitter les locaux de la Bag aux environs de 14h 50, après plus de quatre tours d’horloges de face-à-face avec les éléments de la Dic.
«DIVERSION» ET «TENTATIVE D’INTIMIDATION»
Madiambal Diagne entendu par la Dic «sur décision du procureur de la République», il n’en demeure pas moins que l’homme lie sa convocation à la lutte que le Comité pour la défense et la protection des journalistes (Cdpj) est en train de mener dans le cadre de l’affaire Kambel Dieng et Karamokho Thioune. «Il ne serait pas faux de lier cette convocation à l’engagement que nous avons dans cette affaire», croit-il fermement tout en faisant remarquer que «ça peut être une diversion, une tentative d’intimidation, une volonté de briser un élan, mais c’est peine perdue».
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