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C’est le calme plat au camp Général Geille de Ouakam ce début d’après-midi du mercredi 26 février 2025. Autrefois animé, le bunker aux allures de bourgade française s’est presque vidé de son monde. Les quelques soldats français qui y logent encore sont en train de ranger leurs affaires en attendant le retrait des troupes prévu au début de l’été (au mois de juin).
Un départ que les 162 employés sénégalais des EFS (éléments français du Sénégal) appréhendent avec plus de sérénité, depuis quelques jours, avec la mise en œuvre du « Plan social ». Celui-ci va certes aboutir à un licenciement collectif, mais dans « d’excellentes conditions », tient d’emblée à préciser le Général Yves Aunis, Commandant en chef des EFS, qui a reçu Seneweb dans son bureau.
« Les EFS ont toujours été un employeur modèle en réalité. Pour plein de raisons, se réjouit-il. D’abord, parce que les conditions de travail ici sont excellentes, les rémunérations des employés civils sénégalais sont largement supérieures à ce qu’on peut trouver ailleurs. Ce plan social qui va aboutir à un licenciement collectif, on l’envisage dans les mêmes conditions : c’est-à-dire dans d'excellentes conditions. Ceci pour aider nos salariés qui sont appelés à partir, à avoir une indemnisation de bon niveau et à se reclasser ».
Ainsi, en application du droit du travail sénégalais et la convention collective qui a été signée entre le syndicat et l’employeur (les EFS), des indemnités règlementaires légales sont prévues (elles sont calculées sur la base du salaire et de l’ancienneté). Pour solder la totalité de ces indemnités, les EFS ont débloqué une enveloppe de près d’un milliard de francs CFA. « Cela c’est uniquement les indemnités légales », précise le Général Aunis.
En plus de cette enveloppe, informe-t-il, le ministère des armées françaises a mis sur la table « de l’argent en plus » en guise d’indemnités négociées. « Je suis chargé de négocier avec le syndicat, le montant de ces indemnités négociées. Pour l’instant ce n’est pas encore public parce que les négociations se poursuivent. Ce qu’on peut retenir c’est que les indemnités légales c’est à peu près 1 milliard de francs CFA. Avec les indemnités négociées en plus, on va probablement s’approcher de 1 milliard 800 millions CFA », signale-t-il.
Un forum organisé avec le patronat des deux pays pour réorienter les employés
Dans ce plan social très vaste qui met « l’humain » au cœur du dispositif, il est également prévu l’organisation d’un forum des métiers pour permettre aux 162 employés sénégalais de relancer leur carrière professionnelle ailleurs. « Rien ne m’y oblige, mais c’est une initiative que j’ai souhaité lancer pour aider les salariés », souligne l’ancien colonel du 3e régiment parachutiste d'infanterie de la marine française (RPIMa).
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« On va aider nos personnels à se reclasser. On va organiser un forum des métiers ici, le 6 mars. On va faire venir un maximum d’entreprises qui pourront offrir des emplois. L’objectif est de mettre en relation nos salariés et ces entreprises. J’ai écrit à la confédération du patronat sénégalais (CNP, NDLR) pour les inviter. J’ai également demandé aux cadres militaires (officiers, sous-officiers des EFS) pour qu’ils s’investissent afin d’aider les employés dans cette perspective de réorientation », confie-t-il.
Quid des emprises et équipements qui seront cédées au Sénégal ?
Dans la perspective du retrait des troupes française, Dakar et Paris ont décidé de constituer une commission conjointe pour « organiser les modalités de départ des Éléments français au Sénégal (EFS) et de restitution d’ici la fin de l’année 2025 des emprises », selon un communiqué des ministères des affaires étrangères des deux pays, publié mercredi 12 février. « Les deux pays entendent travailler à un nouveau partenariat en matière de défense et de sécurité qui prenne en compte les priorités stratégiques de toutes les parties », informent les deux chefs de diplomatie.
La question qui se pose est de savoir quels sont les emprises militaires françaises et les équipements qui seront cédés à l’État du Sénégal ? « Aujourd’hui on n’a pas encore eu de vrais échanges dans le cadre d’une commission bilatérale mais ça va arriver dans les prochaines semaines. On verra sous quel calendrier on restitue telle ou telle autre emprise. Et quand on restitue une emprise ce sera à l’État sénégalais. Maintenant, je ne sais pas si ces emprises iront à l’armée sénégalaise », éclairent-il.
Ancienne puissance coloniale, la France dispose de plusieurs installations militaires au Sénégal parmi lesquelles : le camp Geille, l’escale aéronautique sise à l’aéroport Blaise Diagne, la résidence du Général des EFS, entre autres. A signaler que le camp du 23e BIMA a été la première emprise militaire française restituée au Sénégal, le 9 juin 2010.
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il y a 8 heures (12:22 PM)Participer à la Discussion