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L'épidémie de choléra qui touche Haïti depuis la mi-octobre a fait 796 victimes, selon le dernier bilan officiel. Pour l'ONU, la situation devient urgente, l'organisation craignant d'être "dépassée" par l'ampleur de la maladie.
L’épidémie de choléra qui sévit dans le nord du pays depuis la mi-octobre se propage extrêmement rapidement dans le pays. Le bilan des victimes de l'épidémie approche les 800 morts, vendredi, selon les derniers chiffres du ministère haïtien de la Santé.
Selon un dernier bilan officiel, plus de 12 000 personnes seraient infectées. L'ONU a lancé vendredi un appel de fonds d'urgence de 163,8 millions de dollars (120 millions d'euros) pour "éviter d'être dépassée" par cette épidémie. L'organisation s'attend à ce que près de "200 000 personnes montrent des symptômes du choléra, allant de diarrhées légères à une déshydratation sévère".
À Port-au-Prince, la capitale surpeuplée où plus d'un million d'habitants vivent dans des conditions sanitaires précaires, la situation est très inquiétante. "On craint vraiment une flambée qui serait assez importante vu les conditions dans les camps", a déclaré le Dr Suréna, président de l'Association médicale haïtienne. Les chiffres les plus récents font état de 13 morts et de centaines de malades dans la capitale.
Selon Cyril Vanier, envoyé spécial de FRANCE 24 à Mirebalais, à une heure de route de Port-au-Prince, la situation est tout aussi urgente. "Depuis que nous sommes sur place nous avons vu arriver une dizaine de patients atteints du choléra, extrêmement faibles. Nous avons donc des consignes d’hygiène très strictes, tout le personnel médical doit porter des blouses et se laver les mains au chlore fréquemment". Pour autant, la mortalité n’a pas augmenté. "Le traitement est efficace même s’il ne fonctionne pas à tous les coups. Ce matin, un homme est arrivé, quatre heures plus tard il est reparti, guéri. Depuis le début de la semaine, une seule personne est morte du choléra dans ce centre", précise-t-il.
Le gouvernement dépassé face à l’épidémie
Mardi, le directeur général du ministère haïtien de la Santé, Gabriel Thimoté, en charge de la cellule d’urgence haïtienne, avait convoqué les journalistes pour faire part de son inquiétude. "Nous sommes sortis de la simple urgence humanitaire, nous considérons aujourd’hui qu’il en va de la sécurité nationale", avait-t-il déclaré.
Pour contrer le fléau, le gouvernement tente de prendre les devants, mais les efforts qu'il déploie ne suscitent, pour l'instant, qu'un certain scepticisme. "Le pays renforce sa campagne de sensibilisation auprès de la population. Du matériel médical et des sérums ont été envoyés dans tous les départements du pays, même ceux épargnés par le choléra. Mais le gouvernement sait que cela ne suffira pas. L'État, les ONG et l'ONU doivent se mobiliser", commente, sur place, Amélie Baron, correspondante de RFI pour FRANCE 24.
Une analyse partagée par Blandine Contamin, responsable du service urgences à Médecins du Monde contactée par FRANCE 24. "Les Haïtiens ne sont pas préparés à l’épidémie alors que nous nous attendons au pire… Nous sommes donc là pour les soigner, mais aussi pour former le personnel médical. Il faut que nous soyons prêts en cas de scénario catastrophe". En appliquant bien les consignes d’hygiène - boire beaucoup, se laver fréquemment les mains et bien cuire tous les aliments - la maladie pourrait être rapidement endiguée.
"Une maladie inconnue pour les Haïtiens"
Mal préparés, les haïtiens vivent dans l’angoisse d’une maladie qui ne leur est pas familière. "Les Haïtiens doivent faire face à une maladie inconnue puisque le choléra avait été éradiqué dans le pays. Ils ne réagissent donc pas toujours comme il le faudrait", explique Antoine Petibon, responsable des opérations internationales de la Croix-Rouge.
Selon les indicateurs dont il dispose, la situation devrait inéluctablement empirer. La précarité qui prévaut dans de nombreux camps à travers tout le pays est accentuée par les volumes d'eau - vecteur du choléra - accumulés lors du passage de l'ouragan Tomas en fin de semaine dernière. "Nous déployons de vastes campagnes d’hygiène, nous démarrons des projets ambitieux car nous allons vers une épidémie majeure, qui risque de s’installer pour plusieurs années", s’alarme-t-il.
5 Commentaires
Gayhomo
En Novembre, 2010 (19:06 PM)Ass
En Novembre, 2010 (20:15 PM)Bisabi
En Novembre, 2010 (23:28 PM)Leuz
En Novembre, 2010 (00:11 AM)Leuz
En Novembre, 2010 (00:35 AM)Participer à la Discussion