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Aux États-Unis, l’administration Trump et le Sénat se sont entendus mercredi sur un plan de soutien massif de l’économie. Une injection de liquidités, dont 500 milliards de dollars à destination des entreprises industrielles les plus affectées et 500 milliards de dollars d’aide aux citoyens. Sylvie Matelly, économiste et directrice adjointe de l’Iris, éclaire sur les enjeux de ce plan historique.
RFI : Près de 2 000 milliards de dollars, 10% du PIB américain injectés dans l’économie. Est-ce une réponse suffisante pour faire face à la crise ?
Sylvie Matelly : C’est difficile à dire parce qu’on n’a encore très peu de visibilité sur les conséquences de cette crise. Par contre, ce qui est sûr, c’est que c’est assez unique. Au moment de la crise financière de 2008, le plan prévu par Barack Obama tournait autour de 400 millards de dollars. Il se concentrait sur des projets spécifiques, notamment l’objectif de développer le gaz de schiste. Cette fois, c’est un plan d’une ampleur jamais vue jusque-là. Avec une méthode particulière : donner directement de l’argent à ceux qui en ont le plus besoin, que ce soit les entreprises ou les ménages. L’idée est double, d’abord, éviter que les petites entreprises, celles qui emploient le plus de personnes, ne fassent faillite dans cette période. La deuxième idée, c’est de permettre de continuer à consommer.
On sent le président Trump, très empressé de régler cette crise suscitée par l’épidémie de coronavirus.
Il faut bien garder à l’esprit que Donald Trump est en campagne. Il joue sa réélection et il avait jusqu’ici un boulevard. Tout à coup, ce gros caillou arrive dans sa chaussure qui risque de le faire trébucher. Voilà pourquoi Trump se montre un peu ennuyé de décréter un confinement généralisé parce que dans ce cas-là, le plan annoncé aura au moins à court-terme assez peu d’effets. Les États-Unis ont pour eux d’être la seule économie au monde à pouvoir se permettre de tant dépenser, sans en subir les conséquences pour son assise et sa crédibilité financières. Le pays a la capacité de battre monnaie pour rembourser de la dette et donc d’avoir une politique monétaire extrêmement expansionniste. Ça veut aussi dire que si ça ne suffit pas, l’administration américaine pourra aller beaucoup plus loin encore.
Ce jeudi se tient (à distance) le sommet du G20. Les États présents peuvent-ils parvenir à coordonner leurs réponses à la crise?
Il y a une grande différence avec le contexte de 2008 pour régler la crise financière. Même si les États s’étaient difficilement coordonnés pour réagir en commun à l’époque, il y avait tout de même un sentiment partagé qu’il valait mieux s’entendre. Le multilatéralisme, l’ouverture économique étaient encore les idées dominantes, y compris de la part des États-Unis. Mais si la crise actuelle a mis au jour une chose, c’est bien le retour du protectionnisme et des tensions entre États. De la Chine aux États-Unis, en passant par l’Union européenne, c’est chacun pour soi.
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