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Le régime nord-coréen a détruit mardi le bureau de liaison avec le Sud situé sur son sol, qui était un des symboles de la détente sur la péninsule, faisant ainsi monter les tensions après des semaines d'attaques verbales contre le Sud.
Après une explosion entendue et de la fumée vue à la frontière entre les deux Corées, le ministère sud-coréen de l’Unification a confirmé que le régime du Nord a détruit le bureau de liaison avec Séoul, mardi 16 juin. Il s’agit d’une nouvelle étape après des semaines de tension entre les deux pays, qui sont officiellement toujours en guerre.
"La Corée du Nord a fait exploser le bureau de liaison de Kaesong à 14 h 49" (6 h 49 GMT), a annoncé le porte-parole du ministère en charge des relations entre les deux Corées dans un communiqué d'une ligne envoyé à la presse, quelques minutes après une explosion entendue près de Kaesong, la ville où le bureau se trouvait.
Relations intercoréennes dégradées
L'agence officielle de presse nord-coréenne KCNA a précisé de son côté que le bâtiment avait été "tragiquement démoli par une formidable explosion" afin de forcer "la racaille humaine et ceux qui la protègent à payer chèrement ses crimes", poursuit l'agence qui reprend l'expression consacrée du Nord pour désigner les transfuges.
La présidence sud-coréenne a appelé dans la foulée à une réunion d'urgence du conseil national de sécurité, selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap.
Ce bureau de liaison, qui abritait une vingtaine de fonctionnaires des deux pays, avait été ouvert en septembre 2018, avant un troisième sommet entre le président sud-coréen Moon Jae-in et le leader du Nord Kim Jong-un.
Mais les relations intercoréennes se sont graduellement dégradées dans la foulée du fiasco du deuxième sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un, en février 2019 à Hanoï.
Depuis le début du mois de juin, Pyongyang a multiplié les attaques au vitriol contre son voisin, notamment contre les transfuges nord-coréens qui, depuis le Sud, envoient au Nord des tracts de propagande par-delà la zone démilitarisée (DMZ).
Cette destruction survient après des menaces proférées ce week-end par Kim Yo Jong, la puissante sœur cadette du dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Et la semaine dernière, le régime nord-coréen a annoncé la fermeture de ses canaux de communication politique et militaire avec l'"ennemi" sud-coréen.
"Transformer en forteresse la ligne de front"
Les tracts, qui sont souvent accrochés à des ballons qui s'envolent jusqu'au territoire nord-coréen, ou insérés dans des bouteilles lancées dans le fleuve frontalier, contiennent généralement des critiques du bilan de Kim Jong-un en matière de droits de l'Homme ou de ses ambitions nucléaires.
Certains experts estiment que Pyongyang cherche à provoquer une crise avec Séoul au moment où les négociations sur le nucléaire avec Washington sont à l'arrêt.
Prenant acte de la détérioration des relations intercoréennes, l'état-major général de l'Armée populaire de Corée a indiqué mardi qu'il travaillait à un "plan d'action" pour "transformer en forteresse la ligne de front", selon l'agence officielle nord-coréenne KCNA.
Celui-ci impliquerait notamment la réoccupation de zones qui étaient démilitarisées en vertu d'un accord intercoréen, a-t-il dit.
Des médias sud-coréens soupçonnent que cela pourrait signifier la réinstallation de postes de garde que les deux voisins avaient décidé en 2018 de retirer pour faire retomber les tensions.
L’armée du Nord "totalement prête" à agir contre le Sud
L'armée nord-coréenne projette aussi des envois de tracts "à grande échelle" en direction du Sud, selon le communiqué.
Lundi, le président sud-coréen Moon Jae-in, grand artisan du rapprochement de 2018, avait exhorté le Nord à ne pas laisser "la fenêtre du dialogue se refermer". Mardi, l'armée nord-coréenne s'est déclarée "totalement prête" à agir contre le Sud.
Depuis les protestations du Nord contre les envois de tracts depuis le Sud, Séoul a engagé des poursuites judiciaires à l'encontre de deux groupes de dissidents nord-coréens accusés d'avoir envoyé ces éléments de propagande de l'autre côté de la frontière.
Pour Cheong Seong-chang, directeur du Centre pour les études nord-coréennes à l'Institut Sejong de Séoul, "la Corée du Nord est frustrée par le fait que le Sud n'ait pas proposé un plan alternatif pour relancer les pourparlers entre les États-Unis et le Nord, la laissant seule créer un climat propice à leur relance".
"Elle en a conclu que le Sud a échoué en tant que médiateur dans le processus", a-t-il affirmé.
La Guerre de Corée (1950-1953) a été ponctuée par un armistice et non par un accord de paix, ce qui signifie que les deux voisins sont encore, techniquement, en état de guerre.
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