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Très difficile. J’étais à l’école, à l’époque. Et c’est là que nous avons été attaqués par les rebelles. Les gens lançaient les bombes partout. Je suis retourné à la maison difficilement, en pleurant. Et une fois chez moi, je me suis rendu compte que notre maison a aussi été attaquée. Ma mère n’y était plus et ma tante était tuée. Tout le quartier était sous le contrôle des rebelles du front patriotique du Libéria de Charles Taylor. On n’avait plus le choix, parce que quand les rebelles ont le contrôle d’une zone, ils obligent les personnes qui peuvent porter une arme à les suivre. J’ai rejoint le groupe, qui a progressé jusqu’à la frontière avec la Côte d’Ivoire. Et j’en ai profité pour me réfugier là-bas. J’ai fait cinq ans en Côte d’Ivoire. Je me suis inscrit au programme des réfugiés. Le Hcr commençait à nous aider. On a recommencé à étudier et c’est là que j’ai appris à parler français. Seulement, on avait des problèmes, car certains vendaient la nourriture qui était destinée aux réfugiés. Nous avons ensuite quitté la Côte d’Ivoire pour aller au Ghana. Le gouvernement nous avait donné une villa pour servir de camp aux réfugiés, mais nous n’avons pas duré là-bas, parce que certains d’entre nous avaient attaqué les Ghanaéens. Ces derniers devaient donner de l’argent à chaque Libérien pour le rapatriement. Chacun devait avoir 2000 dollars et les Ghanaéens nous ont donné à chacun 50 dollars. Et les Libériens les ont attaqués pour réclamer l’argent. J’ai été même blessé à la tête. C’est à la suite de ces incidents que nous sommes revenus au Libéria en acceptant un rapatriement volontaire.
Et qu’est-ce qui s’est passé à votre retour au Libéria ?
Beaucoup de déception. Le Hcr n’a pas tenu ses promesses. Il avait promis du travail aux gens qui acceptaient un rapatriement volontaire. Il nous avait dit que les jeunes allaient retourner à l’école et qu’ils recevraient de l’argent à la fin du mois. Mais rien n’a été fait. Il avait recensé les gens qui avaient une profession et i leur avait promis du boulot, mais rien.
Aviez-vous assisté durant la guerre à des actes barbares ? (Un long silence) Le quartier où l’on habitait était encerclé par les deux forces armées. Il y avait d’un côté la «Liberian peace Council», qui voulait venger la mort de Samuel Doe, et de l’autre côté, le Front national patriotique du Libéria de Charles Taylor. J’ai suivi ce dernier groupe, sans avoir fait aucun entraînement pour manipuler correctement une arme. Pour me sauver, j’ai fait semblant de faire la guerre à leurs côtés. On tuait les gens de manière très bizarre.
Comment ?
À la mitraillette, avec des bombes, des machettes et tout. On égorgeait les gens, on les décapitait, morceaux par morceaux ! Il y avait même des gens qui buvaient le sang humain. Il l’utilisait pour des raisons mystiques : pour se protéger contre les balles. Les gens utilisaient des médicaments africains qu’ils devaient mélanger avec du sang humain. Si vous prenez ce médicament comme c’est recommandé, aucune balle ne pourra vous atteindre.
Quelle a été votre réaction face à ces actes ignobles ?
Cela me faisait mal, mais je ne pouvais rien faire. À chaque fois que je voyais les gens égorger une personne ou la décapiter, je me mettais à la place de la victime. Je pensais aussi à ma famille. Je vous assure que certains parents ont laissé leurs enfants à la maison pour fuir. C’était le sauve-qui-peut.
Maintenant que la guerre s’est finie, est-ce que les gens se sentent en sécurité ?
Pas tout à fait. Il se passe des choses bizarres dans le pays. Récemment, un sénateur avait employé des gens pour son champ, mais il a une fois eu des problèmes avec ses employés et ils ont été tous tués à la machette. (Il hausse le ton) La sécurité n’est pas garantie. Les plus forts, les riches, se permettent tout. Ils peuvent même tuer sans être inquiétés.
Et les forces de l’Onu dans tout cela ?
Elles sont là, mais il y a des choses qu’elles ne peuvent pas contrôler. Ce qui se passe dans les quartiers peut leur échapper et ça leur échappe d’ailleurs. Les gens qui sont frustrés par les promesses non tenues du Hcr sèment la pagaille dans les quartiers périphériques. Ils n’ont pas de travail, ils veulent subvenir à leurs besoins et n’ont que leurs armes. Ils sont devenus des criminels. Dans certains quartiers périphériques, les ex-rebelles font la loi.
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