Maintenant, on se déplace et communique moins au téléphone pour faire le Ziar. Une nouvelle trouvaille est de mise, mais parfois avec des intentions cachées.
Tabaski ! Jour de prière et de bombance. Jour de pardon. Le jour est mis à profit pour demander pardon au Seigneur, mais aussi aux proches à qui on aurait causé du tort, parfois même involontairement. Cet exercice alors oral, tend maintenant à suivre l’évolution technologique. Mais les Sénégalais y ont ajouté un peu de style qui fait, d’ailleurs, le charme des échanges de pardon. Sans se voir ni s’entendre. Le Sms inonde les portables. Il n’y a pas plus d’âge. Point de classe et de rang social. Des enfants aux adultes, on en donne et en reçoit à cœur joie. Plus qu’un moyen de se rapprocher de son prochain, c’est devenu une mode. Mais qui est à la portée de tous. Des plus nantis aux plus modestes, l’affaire s’offre à tous. Accessible. L’envoi du Sms était comme un jeu d’enfant, mais à la fête, les plus grandes personnalités et les grands décideurs du pays s’en mêlent. On torture le pouce et on fatigue les neurones pour réussir un texte original.
Les messages sont divers et diversifiés. Les uns plus originaux que les autres. On en lit de toutes les façons. L’on cherche les mots de choc. Et parfois, le texte est écrit avec des images et des paraboles désintéressées. C’est à l’image de ce beau message qu’une nièce envoie à son oncle préféré : «Je vous envoie un mouton grillé dans un four de paix, emballé par la grâce de Dieu, apporté par le roi des anges. Que chaque morceau goutté soit 10 ans d’existence. Bonne fête.» Quel sublime message ! Quelle inspiration ! Mais, il ne faut pas jurer que l’expéditeur en est l’auteur. Aujourd’hui, le plagiat est permis. Aucune sanction en vue. Combien sont-ils à modifier quelques mots d’un message reçu ou y ajouter son nom avant de l’envoyer en boucle à ses proches, amis et parents ? Il suffit d’être séduit par le contenu d’un Sms pour se l’approprier. D’ailleurs, nombre de fidèles ne prennent jamais le temps d’écrire un message. Ils guettent le premier message providentiel, répondent par un «Merci» à l’envoyeur suivi d’un sec «Baal naal aakh. Dewenaty». Et le tour est joué.
Les messages de pardon que l’on balance vers les portables ne grèvent pas de budget en cette période de crise multiforme, car ils coûtent beaucoup moins chers que les appels téléphoniques. Il en résulte, en effet, un gain de temps considérablement. De même, ils épargnent les gens de longs déplacements. Mais les nobles intentions de demande de pardon et de formulation de prières affichées sur le Sms en cachent d’autres. En effet, on en écrit parfois dans le but de prouver une affection à une personne donnée, mais on peut en écrire une de très spéciale pour sonder le niveau de sentiment d’un être à qui l’on tient. C’est le cas d’un homme qui, après n’avoir pas tenu la promesse à une amie de lui trouver un «gagnila» ou du greffage, tente de connaître l’état d’esprit de sa copine. La suite des événements dépend de la tonalité de la réponse. On la guette avec beaucoup d’impatience. Si elle tarde à venir, l’on envoie le Sms stratégique une seconde fois. Le manque de réaction au message sonne comme un avertissement. Il faut un autre plan de séduction car le problème est sérieux. Un Sms le jour de la fête peut renouer les relations alors tendues entre deux personnes. Quelques mots tapés du clavier de son portable peuvent constituer de préalable au coup de fil qui rétablit les ponts.
Aussi, des gens plus vicieux envoient un message chaud à une personne dont on rêve de posséder. La réponse détermine la suite à donner à cette expédition peureuse. Mais, si la tendance est négative, l’on ne rue sur la parade d’une méprise ou d’une erreur d’envoi pour se donner bonne conscience. Qui est fou ? C’est une bonne question car le message a aussi un côté obscur. L’on enveloppe toutes les intentions d’un mot pardon. Un fourre-tout. «Pardon pour tout.» Quelle arnaque ! L’on sous-entend les torts causés à une personne et qu’on n’oserait jamais lui dire. Suffit-il pour absoudre le péché ? Yalla réka kham (Seul Dieu sait). Lui seul aussi qui est derrière ce Sms envoyé par un musulman par un ami chrétien. Si Barké Mohamed (Psl). Euskeuy tabaski !
4 Commentaires
Mahamat Adoum
En Octobre, 2013 (06:22 AM)Anonyme
En Septembre, 2015 (17:05 PM)Anonyme
En Septembre, 2016 (14:56 PM)Anonyme
En Septembre, 2016 (07:20 AM)Participer à la Discussion