Les professionnels sénégalais du septième art sortent enfin de leur léthargie. Pas pour réaliser de belles œuvres cinématographiques, mais pour se lancer dans une polémique qui ne les honore pas du tout.
Tout est parti d’une décision prise par le chef de l’Etat, Abdoulaye Wade, de confier à un consultant français l’étude de faisabilité d’un complexe cinématographique comprenant un studio de post-production, un centre de formation et une salle de projection ultra moderne. Et voilà nos cinéastes se lancer dans des querelles byzantines qui, à coup sûr, ne feront pas avancer le débat sur le septième art sénégalais englué dans une insoutenable léthargie depuis quelques décennies. Au moment où les autres professionnels africains (du Burkina, d’Algérie, du Maroc, du Mali, du Tchad, d’Ethiopie...) se font distinguer dans les festivals en remportant des prix prestigieux, ceux du Sénégal se font plutôt remarquer par leur manque de... solidarité.
Tout se passe comme si ces cinéastes ne pensent qu’à leurs propres intérêts et ne roulent que pour leur... tirelire. Au moment où des réalisateurs comme Gaston Kaboré du Burkina Faso s’engagent dans des projets ambitieux de formation des jeunes en mettant sur pied une école privée dénommée Imagine, dont les bâtiments trônent fièrement dans un quartier de Ouagadougou, que font ses confrères du Sénégal pour les nombreux jeunes qui frappent désespérément aux portes du septième art et qui, demain, doivent assurer la relève ? Rien, ou presque...
Dans ce débat quelque peu stérile, à qui donner raison ? A ceux qui soutiennent la décision du chef de l’Etat de confier le projet d’étude de faisabilité du complexe à un consultant français, ou bien à ceux qui dénoncent « l’ingérence » de ce « sorcier blanc » dans nos affaires... cinématographiques ? Il ne nous appartient pas d’accabler qui que ce soit, mais nous renvoyons dos à dos les deux camps car le fonds du problème est ailleurs. L’essentiel, à notre avis, n’est pas de faire les yeux doux aux autorités ou de se positionner par rapport à un projet qui, il faut le dire, suscite toutes les convoitises car devant générer de l’argent. Le plus important est de croire au cinéma en réalisant des œuvres dignes de ce nom et, surtout, en soutenant la relève. Osons le dire : après la disparition des cinéastes de la trempe de Ousmane Sembène, Djibril Diop Mambéty et Mahama Johnson Traoré, on a comme l’impression que le cinéma sénégalais manque cruellement de repères, de figures emblématiques...
0 Commentaires
Participer à la Discussion