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C’est parce qu’un Sarkozy en cache d’autres ; parce que le regard qu’il pose sur l’Afrique a pris des contours immuables, des œillères, parce qu’il est la voix de son maître, la France et d’une manière générale, de l’Europe, que les vingt-trois intellectuels qui ont consigné leurs « excellentes » contributions dans le livre « L’Afrique répond à Sarkozy », ne pouvaient perdre leur temps et leur énergie à combattre les idées d’un individu, fut-il le Président de la France. C’est faire de la publicité à quelqu’un qui pense que la meilleure façon d’exister est de « déranger », de « provoquer », de « blesser ».
Quand un Sarkozy en cache d’autres
La remarque du Pr Makhily Gassama, ancien ministre de la Culture, à l’occasion de la cérémonie de lancement et de dédicace de l’ouvrage collectif « L’Afrique répond à Sarkozy », qui s’est tenue hier, jeudi 8 mai, à la salle de conférence de l’Ucad II, se veut très claire : « Ce livre collectif n’est ni une œuvre d’amour ni une œuvre de haine. Ce que nous combattons ce n’est rien de moins que des préjugés séculaires, qui renaissent à chaque détour de l’Histoire de l’humanité, des préjugés qui empoisonnent les relations de l’Afrique avec le reste du monde et émasculent nos efforts de développement. D’éminents érudits, comme Cheikh Anta Diop, y ont consacré leur vie. Les auteurs de cet ouvrage ont voulu être objectifs en se prononçant sur les relations de l’Afrique avec l’Europe en général et avec la France en particulier », a-t-il précisé dans son allocution », suite à une question d’un journaliste français, celle de savoir « Si le président Sarkozy reconsidérait sa politique vis-à-vis de l’Afrique, les auteurs de « L’Afrique répond à Sarkozy » reconsidéreraient-ils leur position vis-à-vis du président français ? » Le constat fait par l’initiateur de ce livre est que la « tendance à l’infantilisation de cette frange de l’humanité, blottie au Sud du Sahara, s’accélère et s’accentue ; nous assistons à la renaissance de l’afro-pessimisme ».
Pourquoi lui ?
« Pourquoi donc une réponse au discours du Président français par un groupe d’intellectuels africains de divers pays, un groupe interdisciplinaire formé de philosophes, d’historiens, de littéraires, d’écrivains, de linguistes, d’économistes, d’un éminent égyptologue, d’un avocat et professeur d’université, d’un médecin biologiste ? Pourquoi le président Nicolas Sarkozy et non pas le journaliste Stephen Smith, qui a écrit un méchant livre sur l’Afrique subsaharienne, un livre plein de calomnies et d’insultes, un livre « petit » ?, s’interroge le coordonnateur du livre. La réponse coule de source : Stephen Smith peut être répondu par le silence et le mépris. « Mais Sarkozy n’est pas Smith. C’est un chef d’Etat d’une puissance de notre monde, au passé culturellement et spirituellement riche », dit-il avant de poursuivre : « Quand cet homme parle, c’est la France qui parle et quand la France parle, le monde entier l’écoute même dans l’adversité. Voilà pourquoi nous avons tenu à répondre à ce qu’il est convenu d’appeler désormais le « Discours de Dakar ».
L’actualité du livre
Aussi, à lire attentivement chaque contribution, souligne Makhily Gassama, le lecteur se rend compte que ce livre n’a pas été écrit que pour les archives. « Chaque contribution se veut vivante et peut être considérée comme une sorte de prolégomènes aux thèmes traités donc une invite au dialogue, au débat sur les grandes questions qui interpellent notre continent et sur les responsabilités des uns et des autres dans la situation actuelle - très préoccupante - de nos pays », soutient le géniteur de « L’Afrique répond à Sarkozy ».
A l’officine des préjugés et des clichés
Dans ce livre, les contradictions, les contre-vérités et surtout l’inculture de Sarkozy, exposées dans la vitrine de l’officine des préjugés et des clichés, ont été mises en exergue par les auteurs. Mais ces derniers ont aussi parlé de « responsabilités dans la situation désastreuse de cette partie du globe, connue sous le nom d’« Afrique au Sud du Sahara », où l’homme semble se contenter de peu pour survivre, où ceux qui sont au sommet des Etats sont convaincus que seuls les capitaux, les cerveaux et les mains étrangers sont capables de soulager nos maux, faute de les guérir »
La Françafrique, la plaie
Makhaly Gassama a l’intime conviction que « l’homme d’Etat français, qui parviendra à débarrasser l’Afrique de cette plaie cruelle que demeure la Françafrique (,,,) aura ainsi réussi à mettre enfin nos gouvernants sous le contrôle exclusif de leur peuple dont dépendra désormais leur destin »,
Plus de 4000 exemplaires vendus
En effet, le livre qui n’est sorti que le 22 février en France, est aujourd’hui à plus de 4000 exemplaires vendus, malgré le fait qu’il n’ait bénéficié, comme l’a souligné Mansour Guèye, du « Forum Respublica », de la promotion de la presse française. Le livre sera traduit en anglais, portugais et espagnol. Certains passages sont déjà traduit en arabe. Le projet d’en faire un livre de poche à l’intention des étudiants est déjà sur la table de l’éditeur, Philippe Rey. Une cérémonie de dédicace est prévue mardi prochain à la Bibliothèque Universitaire (BU) de l’Ucad qui va bénéficier de l’intégralité des droits d’auteur de « L’Afrique répond à Sarkozy ».
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