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Le Cadre unitaire et syndical de l’enseignement moyen secondaire a appelé hier à un débrayage à partir de 10 heures. Si le mot d’ordre a été respecté dans certains établissements comme le Lycée Blaise Diagne, tel n’a pas été le cas à Kennedy. Un début de perturbations scolaires à deux niveaux qui n’affecte cependant pas le combat que les syndicalistes à l’unanimité comptent mener jusqu’au bout.
Il est 10 heures passées de quelques minutes et le bruit s’empare de la cour du Lycée Baise Diagne. Les cours ont vaqué du fait du mot d’ordre de débrayage décrété par les enseignants du Cusems. Les bleus, inhabitués à ce genre de situation, savourent le moment. Pour ces collégiens reconnaissables par leur blouse rouge bordeaux, ça commence plutôt bien. «Je vais en profiter pour aller me mettre bien au chaud et suivre Theresa (une série télévisée)», dit une fille en classe de sixième, visiblement très enchantée par le débrayage.
Pourtant, elle est loin de s’imaginer ce qu’une telle décision représente pour sa «sœur» Fatou. Pour l’élève en classe de terminale L1, c’est vraiment mal parti. «Si les cours commencent à vaquer à cette période de l’année, on risque de se retrouver dans la même situation que l’année dernière», craint-elle.
Pendant ce temps, les enseignants se réunissent pour voir quelle suite donner à leur mouvement pour pousser l’Etat à honorer le paiement des salaires et des indemnités. La détermination des enseignants inquiète les potaches, qui en appellent à des mesures d’urgence pour éviter à l’école sénégalaise de frôler le pire. «Nous prions l’Etat de respecter ses engagements vis-à-vis des enseignants, à défaut de quoi nous risquons d’en payer les pots cassés», appelle une jeune élève de la première.
Au Lycée John Kennedy ont s’inquiète pour autre chose que ce qui pourrait advenir de l’année scolaire. Devant les portes de l’établissement fermées à l’aide de cadenas, les retardataires négocient une entrée pour ne pas rater le cours. On supplie le vigile qui, lui, ne veut rien entendre parce que se conformant au règlement. Lorsque les cours débutent comme c’est le cas actuellement, aucun élève n’entre ou ne sort. En effet, le mot d’ordre annoncé du Cusems n’a pas été suivi dans cet établissement pour jeunes filles. Dans les salles de classe on affiche le même sérieux que d’habitude avec des professeurs craie en main ou assis au fond de la salle, observant avec attention, la résolution de l’élève envoyé au tableau.
«Le système éducatif sera inéluctablement paralysé»
Devant la salle des profs, seuls trois enseignants devisent, attendant certainement leurs heures de cours. «Nous n’avons pas cessé les cours, parce que l’argument avancé, à savoir le non paiement des indemnités, ne nous convainc pas», explique ce monsieur dont le jogging et les baskets qu’il porte laissent croire que c’est un professeur d’éducation physique. Mais ce n’est pas tout à fait cela, estime le Secrétaire général départemental du Cusems Mamadou Ndiaye. «Si nous n’avons pas suivi, c’est parce que nous avons tenu un débrayage d’alerte il y a deux semaines. Et il était question d’élargir aujourd’hui le mouvement au niveau national», justifie le syndicaliste.
Mais selon lui, les motivations restent les mêmes et vont au-delà de ce qui est avancé. «Le non paiement des indemnités n’est qu’un prétexte mais le mal est beaucoup plus profond», informe le coordonnateur de la section Cusems du Lycée JFK. «La raison fondamentale du mécontentement est le redéploiement abusif d’enseignants opéré par l’autorité». À cela, s’ajoutent les classes pléthoriques qui dépassent de loin la norme des 45 élèves, le non paiement des salaires des corps émergents et le non recrutement des sortants de la Fastef (Ex-Ecole normale supérieure). Autant de manquements qui font dire à M. Ndiaye que le gouvernement n’a pas respecté ses engagements à ce niveau. Et la posture qu’il adopte depuis l’alerte lancée par les enseignants n’augure rien de bon. «Nous allons inéluctablement vers un système éducatif qui sera totalement paralysé si on arrête pas ces redéploiements. Et vous pouvez compter sur le Cusems pour faire face à ce comportement irresponsable du gouvernement», avertit le responsable du Cusems.