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« Sur les marchés financiers, même des rumeurs peuvent déclencher des réactions ». Ces propos sont de l'économiste Malick Sané, Professeur Titulaire des Universités FASEG/UCAD Directeur du LAPOCOM. Autrement dit, une information sortie par les autorités a nécessairement des conséquences. Aujourd’hui, le Sénégal devient un pays dont la note est B3. Malick Sané explique ce que cela signifie et les implications.
Que signifie une note B3, à quoi ça correspond sur une note sur 20 ?
La note B3 de l'agence Moody’s correspond à un pays dont la situation de la dette souveraine est très critique. Les notations vont de Aaa (première qualité ou excellent) à D (pays à défaut, donc incapable d'honorer ses engagements de service de la dette), en passant par B et C, avec à chaque fois trois niveaux traduisant la situation du pays, du niveau supérieur au niveau inférieur.
On peut dire par conséquent que la note B3 de Moody's, correspondant à B- pour les deux autres grandes agences de notation, est de 10- / 20, c’est-à-dire inférieur à 10 sur 20.
La note qui vient après est celle d'un risque élevé.
Quelle est la conséquence pour le Sénégal de cette nouvelle notation ?
La conséquence pour le Sénégal sur les marchés des capitaux est celle d'un pays à haut risque. Cela signifie que, plus le risque-pays est élevé, plus les créanciers sont prudents et le taux d'intérêt appliqué à ce pays est élevé. Autrement dit, d'une part, le pays lèvera difficilement des capitaux du fait de la méfiance des opérateurs et, d'autre part, il paiera plus cher les ressources empruntées.
À votre avis, est-ce que le gouvernement s’attendait à une telle réaction ?
Si l'on s'en tient au fonctionnement des marchés financiers internationaux, le gouvernement ne devrait pas être surpris par la réaction des marchés à partir du rapport de la Cour des comptes et de certaines déclarations des autorités étatiques. Sur les marchés financiers, même des rumeurs peuvent déclencher des réactions des marchés en fonction de leur nature, en termes d'effets positifs ou négatifs. Apparemment, le Sénégal a préféré assumer ces risques de réaction des marchés.
Comment remonter cette pente ?
Il faut travailler à assainir la situation en ramenant certains indicateurs macro-économiques (déficit budgétaire, taux d'endettement...) à des niveaux plus compatibles avec les critères de convergence, notamment de l'UEMOA. Ceci ne pourra pas se faire à court terme et, bien entendu, il faudra mettre en œuvre des politiques économiques conjoncturelles (politique budgétaire et fiscale, politique monétaire). J'exclus la politique de change, compte tenu de la situation différente des pays de l'UEMOA dont les prévisions pour certains pays donnent des taux de croissance supérieurs à 5% (Niger, Côte d'Ivoire, Sénégal) pour 2025.
L'existence d'une agence africaine de notation peut-elle changer grand chose ?
Les pays africains ont entame? au sein de l'Union africaine des démarches en vue de mettre en place une agence africaine de notation pour une meilleure prise en charge des re?alite?s africaines et surtout des potentialités exceptionnelles du continent en matière de ressources naturelles notamment.
C'est une bonne chose a? mon avis. Cependant la? aussi, il faudra du temps pour que cette future agence de notation se fasse une place et qu'elle be?ne?ficie d'une appre?ciation positive de?bouchant ainsi sur une cre?dibilite? et une notorie?te? ave?re?es.
1 Commentaires
Milton Niang
il y a 2 jours (13:51 PM)Participer à la Discussion